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 The game - Neil Strauss

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Fry3000
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MessageSujet: The game - Neil Strauss   Sam 3 Déc 2016 - 19:31


Auteur : Neil Strauss
Année : 2005

"It's all about the game, and how you play it.
All about control, and if you can take it."



J’ai entendu parler des "PUA" pour la première fois il y a 4-5 ans, par le biais d’un ami qui avait dû découvrir ça tout récemment aussi, parce que pendant cette période c’était devenu comme un running gag pour lui : il faisait régulièrement des blagues en rapport aux "pick-up artists", qu’on pourrait traduire littéralement par "artistes de la drague". Et ça se comprend, il y a effectivement quelque chose d’à la fois comique et captivant dans l’idée qu’il existe une communauté de dragueurs, qui se retrouve sur divers sites et forums internet. On y voit que ces PUA se sont constitué leur propre langage, tout un lexique qui fait référence à divers techniques de drague, qui s’apparentent à des stratégies militaires appliquées à la lettre ; dans le même ordre d’idée, ils partagent leurs "field reports", des comptes-rendus de leurs missions sur le terrain.
Et une référence qu’ils évoquent souvent, c’est le livre "The game", de Neil Strauss.
Pendant longtemps, c’est la seule œuvre que j’associais à cet auteur, jusqu’à ce que je me rende compte qu’il a collaboré sur les biographies de Marilyn Manson et de Mötley Crüe. Ce serait donc un type bien, en fait ?
Tout de même, je ne pensais pas encore que je serais un jour intéressé par la lecture de The game. Je m’imaginais ça comme un simple manuel de drague, avant de tomber sur quelques avis sur SensCritique, qui disaient que The game est avant tout le récit de Strauss sur son incursion dans le monde des pick-up artist, et peut se lire comme un roman.
Voilà qui avait piqué ma curiosité.

L’histoire de Neil Strauss a déjà été résumée par des formulations qui la font s’apparenter à un conte de fée : il était un journaliste et écrivain timide, qui ne s’estimait pas attirant, jusqu’au jour où un éditeur l’a appelé pour organiser sous la forme de livre un document trouvable sur internet, où divers PUA réunissaient leurs expériences.
Cette découverte a mené Strauss à poser un regard nouveau sur sa vie sentimentale et sa maladresse avec les femmes, et s’ouvrant dès lors à cette communauté, il est devenu par la suite l’un des PUA les plus renommés.
Il a d’abord rencontré Mystery, l’une des références dans le milieu, à l’époque où il a lancé son premier "atelier", censé transformer des AFC (des mecs frustrés) en séducteurs.
Et à travers les retranscriptions de l’auteur, il y a quand même un aspect ludique malgré tout.
Mystery balance des théories à tout va, applique ses tactiques sur le terrain, et c’est à la fois drôle et fascinant de voir comme il manipule les gens pour arriver à ses fins. Si c’était une fiction, on secouerait la tête avec incrédulité, mais la garantie que ce qu’on lit est réel rend les évènements d’autant plus captivants.
Le récit s’avère dès lors prenant pour plusieurs raisons. Le lecteur se retrouve dans la même position que le narrateur, impressionné par la découverte de secrets insoupçonnés, comme si on lui dévoilait la face cachée du monde dans lequel il vit. On partage la même incrédulité, et fascination, quand Mystery puis les autres masters PUA démontrent ce dont ils sont capables et qui semble peu probable au premier abord, comme s’ils étaient dotés de pouvoirs magiques (à un moment, il y a même un type qui prétend pouvoir augmenter un tour de poitrine par l’hypnose).
Et il y a toujours quelque chose de prenant dans le schéma narratif du type insignifiant, qui se retrouve à grimper les échelons jusqu’au sommet.
A son tour, Neil Strauss distille des leçons tandis qu’on suit sa progression et ses tâtonnements, étape par étape. Il assimile les infos fournies par divers mentors, ouvrages, et ses propres expériences.
Le lent cheminement de l’auteur a quelque chose de rassurant et accrocheur, car même après des réussites notables sur certains points, il reste peu sûr de lui sur d’autres.

Une part de moi continuait quand même pendant un temps à refuser de croire que ce soit réel, "non mais ça ne peut pas marcher, de dire des conneries pareilles". Ca me dérangeait de penser que ressortir les mêmes répliques à différentes personnes ait le même effet ; même si les PUA ne rencontre pas toujours le succès, le fait que leurs techniques marchent nie l’individualité des femmes abordées. Quoique, on se rend compte que leurs cibles ne sont pas forcément représentatives de l’ensemble des femmes, ce sont des "HB" (hot babe), des clubbeuses, strip-teaseuses, et globalement des personnes superficielles sélectionnées uniquement pour leur physique. Strauss tombe sur une fille intéressante quand celle-ci ne se fait pas avoir par ses manipulations sournoises.
Manipulations, oui, car il n’y a pas d’autre terme pour qualifier de façon adéquate ces techniques qui font appel au cold-reading (méthode empruntée à de faux-mediums), l’hypnose, ou qui jouent sur la psychologie pour amener à ressentir tel chose, assimiler tel geste ou personne à un sentiment d’attraction, …
Il faut avouer que c’est très intelligent. Mais aussi tout à fait odieux.

Ces méthodes ont pour but de coucher le plus aisément possible avec des canons, et les PUA semblent percevoir cette façon de faire comme la seule valable, en occultant qu’il y a d’autres moyens de flirter… sans manipulations ni mensonges, quoi.
Mais effectivement, il faut aussi pour cela être un minimum à l’aise et confiant ; or quand ils débutent, Neil Strauss et nombreux de ses comparses AFC n’osent même pas parler à des inconnues. Et s’ils rejoignent la communauté pour y remédier, ils n’apprennent toutefois pas à se connecter aux gens et développer une réelle relation. Ils ne s’intéressent pas à la personnalité d’autrui, et ne dévoilent rien de la leur ; d’ailleurs pas besoin d’en avoir une, puisqu’il suffit d’appliquer des formules à la lettre.
Les PUA ne font pas non plus vraiment la distinction entre montrer de l’assurance et se comporter comme un connard prétentieux ; l’important c’est d’être "alpha".
Des fois leur mode de pensée se manifeste de façon hilarante, c’est le cas avec Extramask, et son récit ultra-détaillé de son premier fuck-close, qu’on croirait rédigé par un gamin de 12 ans.
Mais de nombreux gourous du milieu se prennent très au sérieux, menant de véritables cultes et des rivalités sérieuses entre eux ; ça en est presque effrayant. Il y a notamment Ross Jeffries, qui a plus ou moins fondé le milieu des PUA, et cherche depuis à miner tous les autres masters.
Les intrigues de compétitions et manipulations s’avèrent prenantes aussi à leur tour, surtout que Strauss s’est retrouvé dans la communauté au bon moment pour assister à son développement et sa diversification. Lui-même s’est retrouvé à influencer malgré lui des jeunes qui l’ont copié, voire carrément se sont fait passés pour lui.

J’avais tendance à mettre tous les PUA dans le même panier, et c’était une erreur.
Neil Strauss semble, au moins, assez intelligent pour se rendre compte comme l’art de la séduction a modifié sa perception des femmes, et pour être conscient des dangers engendrés par le mode de pensée de sa communauté sur des personnes influençables.
Je pensais au départ que c’était une ruse de sa part, pour se donner le beau rôle, mais au vu de la conclusion du livre, l’auteur semble honnête dans ses propos.
Voulant au départ gagner en assurance, il déplore ensuite la tournure prise par les évènements. Ce qui l’émerveillait en premier lieu a fini par le décevoir ; plus il gagnait en talent, plus il perdait du respect pour les femmes, en constatant que les mêmes répliques fonctionnent toujours. Et à force, l’intérêt ne se trouve plus chez la femme cible, mais dans le processus de séduction : c’est comme passer les niveaux d’un jeu-vidéo, avec un pouvoir tout aussi addictif.
Strauss a quand même l’air d’avoir un peu plus d’humanité que certains des autres PUA décrits, il se remet en question, et en fait de même pour la communauté… tout en étant conscient de ne pouvoir s’en détacher.
J’avais été rassuré de toute façon dès les premières pages, avec ce choix de débuter le livre par une situation où Mystery, pourtant master PUA, est au plus bas.
L’auteur ne glorifie pas, ni même défend, son style de vie ; il nous laisse juger par nous-mêmes.
Mais pour moi, les aperçus de leur vie font des PUA des figures pathétiques voire odieuses, qui dans les pires des cas sont nuisibles aux autres, car ils s’en servent pour assouvir leurs propres fantasmes (Mystery qui incite sa copine à se refaire les seins et devenir strip-teaseuse). La plupart de ceux présentés compensent un manque d’affection dans leur jeunesse ; un vide qu’ils essayent de combler, en vain. Le livre prend une tournure déprimante, quand les désillusions les rattrapent.
En fait paradoxalement, après avoir lu The game, j’ai plus d’empathie pour certains de ces êtres…

Le surnom de PUA de Neil Strauss, c’est Style… et du style, il en a : son écriture est fluide, facile à lire, et ponctuée de formules pleines d’esprit. Il décrit des détails de façon acerbe, quand il a besoin d’une métaphore il s’assure qu’elle soit amusante, et les évènements sont rapportés avec un certain regard qui les rend divertissants (une des caractéristiques des PUA après tout, c’est d’avoir un sens de l’humour). Il y a toutefois par moments des problèmes de compréhension, par exemple un personnage qui fait une action hors de sa voiture alors qu’on ne savait pas qu’il en était sorti, ou alors des tournures de phrases où le passage d’un sujet à un autre est confus.
Le temps d’un chapitre, Strauss passe le flambeau à Juggler, un autre PUA, qui l’égale plus ou moins par son style et son humour, mais il y a aussi quelque chose d’apaisant dans la façon dont il s’attarde sur des détails, et ses descriptions quasi-poétiques.

The game est un ouvrage drôle et tout à fait captivant, avec des twists, des évènements insolites, et la description d’un univers insoupçonné, dignes d’une fiction.
Il y a un aspect instructif évidemment, mais aussi des propos parfois très pertinents sur le sexe opposé et la société dans laquelle on vit, et même quelques leçons de vie.
Une fois la lecture commencée, je n’avais pas envie de décrocher, et il est possible que je n’aie jamais terminé un livre de cette épaisseur aussi vite.


EDIT 25/12/2016 :
Il faut que je fasse un addendum.
Je vais me débarrasser de mes dernières onces d'hypocrisie, car c'est un truc que m'a indirectement appris The game, après-coup.
N'importe qui veut plaire à autrui, et par extension, séduire. Mais soit c'est la société en général, soit c'est le microcosme dans lequel je vis, qui fait que la drague a quelque chose de tabou. Les gens que je côtoie prétendent utiliser Tinder "pour rigoler". Au mieux quand ils manifestent de l'attraction pour quelqu'un, c'est sans oser en faire quoi que ce soit.
Tout le monde veut être aimé. Vouloir séduire ne devrait en aucun cas être honteux.
Il faut l'assumer, pour aller de l'avant.

Évidemment, que lorsque tu lis The game, et que tu vois comme les PUA arrivent à draguer n'importe qui par des moyens auxquels t'as du mal à croire... ça donne envie de tester par soi-même.
Après avoir fini The game, j'ai voulu continuer à explorer cet univers en regardant les deux saisons de The pickup artist, l'émission de téléréalité de Mystery.
Les deux œuvres m'ont convaincu que n'importe qui peut aisément aborder quelqu'un, que ce qu'on peut en tirer vaut qu'on surpasse la peur du rejet, et ça m'a poussé non seulement à vouloir séduire bien plus fréquemment, mais aussi plus généralement à m'ouvrir aux autres, aller parler à des inconnu(e)s, ...
Je ne compte pas devenir un PUA, je ne me retrouve pas entièrement dans leur état d'esprit et je ne compte pas manipuler des gens ou leur mentir pour arriver à mes fins... je préfère rester fidèle à moi-même, tout en améliorant qui je suis. Plutôt que de ressortir des formules-types et des répliques conçues par d'autre, j'ai mis en place mes propres openers, qui correspondent à ma propre personnalité ; je suis capable de maintenir une conversation, tout ce qu'il faut c'est un moyen de la déclencher.
Reste à voir si mon propre angle d'approche portera ses fruits.
To be continued.

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