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 Lolita - Vladimir Nabokov

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Fry3000
King of the zombies
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MessageSujet: Lolita - Vladimir Nabokov   Mer 16 Nov 2016 - 19:56


Auteur : Vladimir Nabokov
Année : 1955

"Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta. She was Lo, plain Lo, in the morning, standing four feet ten in one sock. She was Lola in slacks. She was Dolly at school. She was Dolores on the dotted line. But in my arms she was always Lolita."

Telle est la courte introduction qui ouvre le roman de Nabokov ; ça se lit comme un court poème tout en allitérations, simple mais enchanteur, exprimant avec légèreté toute l'affection que le narrateur porte à sa Lolita.
J'avais lu ce texte il y a 5 ans, en cours d'anglais. Et ça avait suffit à me donner envie de lire le roman, et en VO.
...Bon, comme au bout de quelques pages je galérais trop au vu du langage soutenu employé, je me suis racheté le bouquin en Français, pour ne pas me gâcher le plaisir de la lecture. Je crains qu'on n'y perde un peu (rien que l'intro perd de ses allitérations), l'édition récente que j'ai bénéficie d'une nouvelle traduction mais manque d'annotations à mon goût, déjà que certaines sont à côté de la plaque... J'ai d'ailleurs remarqué que "Little women" a été traduit littéralement en "Petites femmes"... alors qu'il s'agit du titre VO des Quatre filles du docteur March !
Mais globalement, la lecture a effectivement été plus aisée ainsi.

Nabokov fait passer son œuvre de fiction pour la confession d’un détenu, qui a choisi pour pseudonyme Humbert Humbert.
Le lecteur ignore jusque là de quel crime est accusé le héros, mais alors que celui-ci cherche à tirer du sens de sa propre histoire, il remonte jusqu’à la première romance vécue durant son enfance… avec une fillette qui serait l’ébauche de cette fameuse Lolita…
Quand on lit qu’un ouvrage qui date des années 50 est encore sulfureux aujourd’hui, il y a de quoi avoir des doutes. Mais dans Lolita, il est question, sans que ces sujets soient forcément nommés ainsi, de prostitution, de masturbation, de pédophilie, d’inceste même…
Et il est vrai que tout le propos de Nabokov (qui, par l’usage de la première personne du singulier, se fond avec son personnage d’Humbert) sur l’attirance pour les jeunes filles, et l’expression de ses sentiments irrépressibles, reste très audacieux.
L’auteur fait sentir sa passion dévorante, et transforme son attirance pour les "nymphettes" (terme dont il est l’inventeur) en un art réservé aux connaisseurs… tout en restant conscient de sa déviance. Et pourtant, l’érudition dont il fait preuve dans son choix de mots et dans le détail de sa description force l’admiration.
Par ailleurs, dans la façon dont Humbert parle de sa Lolita, il est animé d’un tel dévouement et d’une telle passion que c’en est impressionnant, et il y a de quoi être convaincu que c’est véritablement de l’amour, malgré les circonstances particulières.
Et même rien qu'un de ces "O Lolita, ma Lolita", qui apparaissent régulièrement dans le récit au détour d'une phrase, suffit à faire comprendre que le héros a un amour débordant, incontrôlable, pour elle, et qui vient se manifester sans qu'il le veuille.

L’auteur arrive à susciter de la compassion pour son personnage de pédophile en nous faisant comprendre sa situation pourtant jugée immorale, et on partage sa douleur à ne pouvoir trouver le plaisir auprès de femmes de son âge.
Alors qu’il n’est apparemment pas dépourvu de charme, Humbert se marie uniquement par dépit ; c’est tragique pour lui, mais aussi pour celles qui partagent sa vie. Des épouses qu’il n’aime pas, et qu’il malmène parce qu’il est coincé avec elles ; des existences gâchées.
Le héros connaît une vie pleine de tournants assez pathétiques, tout du long ponctuée de galères, de dépressions, et guidée par une vaine quête de nymphettes. Une vie de frustration et de désirs inassouvis.
Jusqu’à ce qu’il loge chez une femme qui, ironiquement, essaye de le séduire, alors qu’Humbert s’est épris de sa fille, Lolita.
Cette dernière est loin de la jeune femme sexy, et consciente de ses charmes, du film de Kubrick. Lolita n’a ici que 12 ans, et se comporte encore comme une gamine.
Elle cède sans protester aux caresses d’Humbert, mais j’ai l’impression qu’elle prend ça comme un jeu, comme un interdit auquel elle veut se frotter.
Le pédophile se refuse à aller plus loin, prétendument pour ne pas attenter à la morale de l’enfant, mais la mère fait également obstacle. S’ensuit alors une longue période de flirt, mais Nabokov arrive à rendre extrêmement sensuelles de simples scènes de friction entre les corps… si bien que lorsqu’Humbert en jouit carrément, ça ne paraît pas si insolite.

Progressivement, le héros fait plus ou moins de sa Lolita un objet sexuel, sans forcément s’en rendre compte. Les évènements étant relatés à travers son propre prisme, il en parle en étant persuadé de se montrer bienveillant envers la fillette… ce qui rend le récit peut-être plus subversif encore.
Très possessif envers sa maîtresse, Humbert l’empêche de se livrer aux activités normales d’une adolescente et à côtoyer des garçons, alors qu’il rêve lui-même de s’entourer de nymphettes.
On sait que la relation est vouée au drame, si on excepte le caractère illicite qu’elle a déjà au départ.
Mais qu’on approuve ou non les agissements du héros, la description des ressentis par l’auteur est si appliquée que désespoir final d’Humbert en devient bouleversant ; ça m’a touché personnellement, car il y a de quoi se reconnaître dans cet amour absolu et inconditionnel, qui n’est pas partagé. Je me suis retrouvé entièrement dans le long déchirement vécu par le protagoniste, et ses tentatives complètement vaines de se raccrocher à un infime espoir.

C’est incroyable comme Nabokov transporte le lecteur par ses formules sublimes, ses descriptions riches en détails ; en chaque situation il trouve des associations d’idées qui forment une image très précise de ce qu’il veut nous faire imaginer, et l’écriture arrive à embellir quoi que ce soit.
Les scènes d’amour, sans être éclipsées, contournent une éventuelle censure en trouvant l’équilibre parfait entre l’explicite et le suggestif : tout est exprimé par des métaphores qui couvre de grâce la consommation impure d’une relation interdite.
Humbert a par ailleurs une certaine aigreur qui tire vers cynisme, et qui ajoute des touches d’humour à certaines scènes, par la tournure de ses remarques. Et le détachement dont il fait preuve parfois par rapport aux préoccupations des autres est d’une cruauté que j’adore.
Le lecteur a de quoi se délecter du décalage créé entre le personnage principal et les autres ; qu’ils se distinguent parce qu’Humbert se voit en grand penseur régulièrement entouré d’esprits inférieurs, ou parce qu’il se considère comme un pervers au milieu de gens qui ne se doutent de rien. Seul le lecteur est dans la confidence, et comprend le caractère cocasse de certaines situations.
Ce cynisme évite de s’ennuyer même lors du récit d’évènements moins intéressants. Mais le roman comporte tout de même des longueurs, des descriptions et énumérations qui s’éternisent sur plusieurs pages, où l’on cite par exemple tous les lieux visités lors d’un road trip.

Arrivé à la fin du roman, ces quelques défauts pèsent en fait peu dans la balance par rapport à toutes les qualités littéraires de Lolita.
J’avais beaucoup aimé le film Kubrick, mais au bout d’une vingtaine de pages seulement du livre, l’adaptation m’avait paru tellement inférieure, fade et aseptisé. On y perd tellement en profondeur des sentiments…
La lecture du roman à la place est fortement recommandée.


PS : Page 484, "Je savais aussi clairement que je sais que je dois mourir que je l'aimais plus que tout ce que j'avais vu ou imaginé sur terre, ou espérais trouver ailleurs".

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