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Zombies, horreur, SF. Et cinéma en tous genres.
 
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 Elle

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Fry3000
King of the zombies
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MessageSujet: Elle   Mer 25 Mai 2016 - 16:26


Fiche du film :
Réalisateur : Paul Verhoeven
Scénariste : David Birke
Année : 2016
Genre : Drame / Thriller
Acteurs principaux : Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Christian Berkel

Mon avis :
Si on excepte le moyen-métrage Tricked, cela faisait 10 ans que Verhoeven ne nous avait pas sorti de film. Le cinéaste qui te fait des œuvres subversives comme personne, peu importe le genre, le sujet, le pays, …
Alors l’annonce d’Elle me faisait énormément plaisir. La bande-annonce, plutôt risible, m’avait refroidi ; je craignais que le Hollandais ait rejoint ces réalisateurs cultes des 70’s et 80’s qui avaient désormais complètement perdu leur talent, comme Romero ou Argento.
Etrangement, il a suffi que je voie Verhoeven présenter ses anciens films au dernier festival Toute la mémoire du monde à la Cinémathèque, que je constate comme il avait gardé une énergie étonnante pour un homme de 77 ans (j’ai encore du mal à croire qu’il soit si vieux), pour reprendre confiance… et que je voie les premiers avis très positifs pour avoir totalement hâte.
J’étais prêt à croire que c’était le monteur de la BA qui était un incapable.
… Eh bien non. Elle était très représentative du film.

Isabelle Huppert, avec ses airs bourgeois, incarne Michelle, dirigeante d’une boîte de jeux-vidéo. L’image ne colle déjà pas trop, mais l’écriture n’aide pas à y croire, donnant une image très simpliste de la conception des jeux, et de leurs consommateurs. En parlant d’un personnage à modéliser : "Faut qu’elle ait un air innocent avant de passer au service des ténèbres, sinon le joueur pourra pas bander".
C’est les jeux-vidéos, mais ça aurait pu être un autre domaine (il aurait mieux valu aussi), l’idée étant seulement de faire de Michelle une femme dirigeante, qui refuse de laisser sa vie être influencée par quoi que ce soit, même un viol. Alors quand elle se fait agresser, elle prend sur elle, mais cet incident la change. Du moins j’imagine que c’est les intentions, vu les nombreux coups de pute que l’héroïne se met à faire à son entourage ; rentrer volontairement dans le pare-choc de son ex, c’est pas rien, mais le concerné ne semble pas surpris… on se rend compte alors que Michelle reste peut-être fidèle à elle-même, après tout on ne la voit aucunement telle qu’elle était avant son agression.
On pourrait croire que sa sexualité s’en retrouve affectée et se libère, quoique Michelle semble déjà rodée là-aussi, puisqu’elle couche avec le mari de sa meilleure amie, et n’est nullement dérangée de découvrir sa mère avec un gigolo. Et si un changement s’opère réellement chez la protagoniste, on ne le sent pas, elle agit toujours avec le même détachement, lorsqu’elle demande à un de ses employés de lui montrer sa queue par exemple, comme si son comportement avait toujours été ainsi.

L’agresseur se manifeste par intermittences, notamment par le biais de SMS anonymes, mais c’est une intrigue traitée comme si elle était secondaire, et ainsi à aucun moment je ne me suis vraiment interrogé sur l’identité du criminel.
Le scénario préfère multiplier les problèmes divers dans la vie de l’héroïne : le fils qui emménage avec une copine qui se sert de lui et le traite comme de la merde, la mère qui veut se marier avec son gigolo, le père emprisonné pour meurtre, l’amant marié à sa collègue et amie, … C’est une accumulation de situations qui se veulent troublantes mais qui sont poussives, on croirait voir du Plus belle la vie avec un meilleur budget (une impression renforcée par ce happy end risible). Et les personnages secondaires sont tous définis en quelques minutes, ce qui donne des séquences expédiées et lourdes. La voisine de Michelle, sa seule caractéristique, c’est qu’elle est croyante, et on nous le rappelle sans cesse, "j’ai la foi", "ça vous dérange si je mets la messe ?", "je peux dire une action de grâce ?", …
Verhoeven aurait dû virer toutes ces sous-intrigues bidon et se concentrer uniquement sur l’intrigue avec le violeur, parce qu’il tente de créer un jeu malsain entre la victime et son assaillant, mais ça n’est permis que par le comportement absurde de Michelle.
Elle refuse d’appeler la police depuis le début, pour des raisons bancales ; en fait lorsqu’elle se retrouve dans une situation délicate, elle préfère même appeler son violeur, une fois qu’elle sait qui il est, pour venir l’aider !
Dans Basic instinct, les motivations des personnages étaient très compréhensibles, les raisons pour lesquelles le flic et la tueuse s’attiraient et se rejetaient était cohérentes ; et au passage, ça avait nécessité d’occuper tout le film, pratiquement sans intrigues subsidiaires, pour fonctionner.
Faut voir aussi à quoi ressemblent les dialogues censés être chargés en tension sexuelle dans Elle : "Ouh, il est chaud le sol" – "Oui, j’ai une chaudière à combustion inversée (…) tu veux la voir ?!". Et j’attribue à cet échange les intentions évoquées uniquement en raison de la musique de thriller présente à ce moment-là, mais on croirait une parodie.

L’écriture et le jeu sont les deux principaux problèmes du film. J’ai essayé pendant longtemps de rester tolérant, de me dire que ça allait s’améliorer, mais au bout d’un moment je ne pouvais plus m'empêcher de rire. Comme le dit le personnage d’Huppert, "J’étais dans un déni étrange, mais maintenant j’y vois clair".
Verhoeven, comme souvent, a voulu que le sexe et la violence soient omniprésents, par des détails, des allusions dans les dialogues, … Mais tout semble forcé, on nous balance des répliques qui sonnent comme des punchlines pour des affirmations qui sortent de nulle part : "La plus dangereuse de toutes, c’est toi, Michelle."
Et on voit tout le temps de loin où on veut en venir, les diverses allusions au ski (parce que l’agresseur a une cagoule de ski), par des personnages supposés tout ignorer du violeur, sont ridicules. Le plus culte reste quand même le "Tu vas au ski ?" – "Quand tu veux je t’emmène" qui m’avait traumatisé dans la bande-annonce.
Et le jeu peu naturel des acteurs n’aide nullement. Isabelle Huppert te sort "tu dirais que je suis étroite pour une femme de mon âge ?" ou "tu m’as frappé" comme elle dirait "je te ressers du café ?".
Justement, Elle regorge de ce type de décalage, sûrement censé être choquant, mais qui s’avère déconcertant uniquement parce que c’est ridicule. Les dialogues sont bourrés de non-sequitur qui m’ont douloureusement évoqué The room, par exemple une scène grave peut se conclure par l’arrivée de quelqu’un qui demande "Qui veut des myrtilles ?", ou "T’as déjeuné ? J’ai fait des spaghettis".
C’est comme ça pendant tout le film.
Des dialogues et situations de comédie sont traitées avec sérieux : il y a la mère qui fait un AVC et sa fille qui s’exclame "C’est pas vrai !" – "Mais si c’est vrai !" ; mais le pire c’est la révélation sur le petit-fils de Michelle, atterrante.
Habituellement, j’aime les associations d’idées déviantes, surtout chez Verhoeven, mais là, encore une fois, tout est lourd et forcé, que ce soit la cinématique de jeu avec les tentacules (Paul a oublié ce qu’était un sous-texte) ou la scène de masturbation à la fenêtre, qui est totalement gratuite. Alors qu’une scène comme celle du baiser devant des pendus, dans La chair et le sang, était amenée intelligemment et était pleine de sens.

J’admets quand même qu’il y a deux idées visuelles fortes dans Elle, et toutes deux au début du film, à savoir le premier plan sur le chat et celui dans le bain moussant. Mais ça fait peu.
Le nouveau Verhoeven est un film terriblement long et gênant à voir. C’est pas la première fois que je vois une œuvre aussi nulle, mais venant d’un cinéaste que j’adore, c’est tragique.
Quelle horreur. Il va me falloir plusieurs jours pour m’en remettre.
Et ça ne me fait pas plaisir de taper à ce point sur cette œuvre, mais au vu de l’énorme désillusion que ça a été pour moi, j’ai besoin de me soulager d’un poids.
Comme le dit la copine du personnage d’Huppert à la fin : "C’était vraiment nul." – "Plus que ça, même." (on dirait pas comme ça, mais elles parlent du fait que Michelle ait couché avec le mari de l’autre)

Bande-annonce :

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