La Crypte

Zombies, horreur, SF. Et cinéma en tous genres.
 
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 Possession

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Fry3000
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MessageSujet: Possession   Mar 23 Fév 2016 - 0:48


Fiche du film :
Réalisateur : Andrzej Zulawski
Scénaristes : Andrzej Zulawski, Frederic Tuten
Année : 1981
Genre : Drame / Horreur
Acteurs principaux : Isabelle Adjani, Sam Neill, Margit Carstensen

Mon avis :
Au fil des années, j’ai croisé plusieurs fois sur le web l’affiche de Possession, que j’ai pendant tout ce temps trouvé captivante, à la fois sublime et pleine de mystère. De quoi pouvait donc parler ce film, qui réunit une actrice française et un acteur britannique devenu star Hollywoodienne, sous la direction d’un cinéaste d’Europe de l’est ? (d’Ukraine, plus précisément)
Jusqu’à ce que je voie le film aujourd’hui, je n’en savais pas tellement plus. Si ce n’est que Possession est un film culte.
Andrzej Zulawski est mort il y a quelques jours, et comme trop souvent, c’est seulement après ce type d’événement que je me suis enfin penché sur son œuvre.

Je m’attendais à une sorte de thriller ou film d’horreur psychologique à la Polanski. Je ne m’attendais pas à un film aussi… incongru.
Zulawski a écrit Possession alors qu’il traversait un divorce, et justement le film nous présente la séparation d’un couple avec un enfant. Le mari découvre que sa femme a couché avec un autre homme dans son dos, pendant son absence due à son travail.
Une situation plutôt classique, mais représentée de façon aussi déstabilisante que possible. Ce n’est pas loufoque, ce n’est pas décalé ; j’ai surtout eu l’impression de voir une réalité qui se serait brisée et qu’on aurait essayé de réassembler du mieux possible. On reconnaît alors des situations ancrées dans le réel, mais qui ont toujours quelque chose qui ne tourne pas rond, sans qu’on puisse forcément mettre le doigt dessus. Ca peut être en raison des dialogues de sourds, le décalage entre le jeu des acteurs et ce qu’ils expriment, ou la caméra qui fait des folies, mais toujours avec une fluidité de mouvement maîtrisée.
Il y a des trouvailles visuelles très ingénieuses, qui vont généralement de paire avec l’action. Mais globalement, les choix de mise en scène servent à créer un malaise, voire donner le tournis. Quand le protagoniste se balance sur son rocking-chair, un plan large n’aurait eu aucun effet, mais là il passe devant la caméra à chaque fois qu’il se redresse, ça fout légèrement la nausée, et en même temps retranscrit l’intériorité du personnage.
Je crois que Zulawski a voulu extérioriser tout ce qu’on garde normalement en soi, exposer à l’image les ressentis de façon crue et irréelle.

C’est très déconcertant au départ, mais je me suis efforcé de rester ouvert à ce que le film proposait. Et sa bizarrerie pousse à rester attentif, pour mieux saisir ce qu’il se passe.
C’est en cela que Possession est captivant, mais aussi parce qu’il s’en dégage une grande énergie (une énergie négative, évidemment).
L’engagement des acteurs est impressionnant, non seulement parce qu’ils ont dû désapprendre leur façon de jouer habituelle (et pourtant, ils parviennent à faire passer l’étrangeté de leur jeu avec naturel), mais surtout Sam Neill et Isabelle Adjani se déchaînent, comme véritablement possédés.
Les personnages sont à vif en permanence, et on veut nous faire comprendre que c’est dans ce type de drame que réside la souffrance véritable, dans ce type de déchirement sentimental. Il y a une scène où le couple se mutile, et là au moins ils s’accordent sur une chose : "it doesn’t hurt" – "no".
Toutefois, même en ayant conscience des intentions du réalisateur, qui exagère et déforme toute situation, il y a des séquences où j’ai trouvé que ça en faisait trop, dans l’hystérie. Ou alors ça durait trop longtemps.

Ayant eu vent de l’aspect fantastique du film, je m’attendais à ce que le titre se réfère à un démon, mais rien de cela. Il y a bien une créature, vraiment immonde, ça faisait longtemps que je n’avais pas été dégoûté par un monstre dans un film, mais pas de possession satanique, non (alors virez-moi Possession du top SensCritique des meilleurs films d’exorcisme, sérieusement, qu’est-ce que ça fout là ?).
Le film fait écho à une réflexion que je m’étais faite il y a quelques années : les relations de couple relèvent d’une question de possession, d’appartenance. Dans une situation normale, l’intérêt d’être en couple avec quelqu’un est de se l’approprier, avoir l’exclusivité d’un certain usage que l’on fait de cette personne. Et dans Possession, deux hommes cherchent à s’approprier la même femme.

L’histoire, présentée autrement, ne m’aurait pas touché plus que ça. On assiste à la séparation d’un couple, sans avoir vu l’amour qui a désormais totalement disparu. Je n’ai donc pas vraiment eu d’empathie par rapport à cela. Mais c’est la façon dont est mise en scène cette histoire qui change tout.
La réalisation, qui accapare l’attention, m’a fait perdre de vue le propos pendant un temps, l’évolution des personnages et l’acceptation de la situation par le mari s’étant retrouvée au second plan à mes yeux. Je pensais que le sens de la dernière demie-heure m’avait échappé, mais après avoir parcouru quelques explications sur internet, je me rends compte que l’histoire de Possession est bien plus simple que je ne l’imaginais.
C’est une intrigue ordinaire, présentée de façon extraordinaire.
Vraiment un bon film, que j’aimerais revoir pour mieux le comprendre, mais c’est quand même éprouvant…

Bande-annonce VO :

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MessageSujet: Re: Possession   Dim 10 Avr 2016 - 0:41

Je me suis commandé récemment le Blu-ray anglais de Possession, qui contient pas mal de bonus permettant d'en savoir plus sur la création du film et les intentions de Zulawski.

La préproduction semble avoir été aussi mouvementée que le film lui-même.
Zulawski filmait en 78 "Sur le globe d'argent", dont le tournage a été arrêté alors que les 3/4 seulement avaient été filmés.
Il y avait à l'époque, en Pologne, un ministre du cinéma, qui contrôlait ce qui était tourné. Après avoir vu les rushes de ce film-ci, il a déclaré que ça allait contre les principes socialistes du gouvernement, et a carrément fait détruire les décors et enterrer les costumes.
Zulawski a été blacklisté, et ne pouvait plus travailler où que ce soit, pas seulement en tant que cinéaste.
Grâce à un ami qui lui a obtenu un passeport, il a pu partir à New York, prétendument pour du travail.
Et c'est dans ces conditions qu'il a écrit Possession.

Il a collaboré avec un auteur américain, car le film allait être an anglais.
Ils avaient trouvé un producteur qui avait payé pour le script, mais du jour au lendemain, il a disparu.
Zulawski a pitché le film à Paramount en disant que ça parlait d’une femme baisant un poulpe. Le projet n’a pas été accepté.
Il a trouvé une nouvelle productrice, française, (Zulawski parle parfaitement bien français, sans accent) qui a suggéré Adjani pour le rôle principal. Elle a refusé, du coup ils ont pensé à Judy Davis, actrice australienne, et à Sam Neill, qui avait joué dans un film avec elle.
Zulawski a choisi son chef-opérateur, un français, et lui aussi a suggéré de confier le rôle d’Anna à Adjani… Le réalisateur lui a confié qu’elle avait refusé et qu’il ne voyait pas quelle autre actrice choisir, ignorant que le chef-op était en fait son mari. Et il l’a convaincue de faire le film.

Il y avait un autre personnage dans le script, Abe, l’ancien mari d’Anna. Le scénario a été écrit de sorte à virer complètement ce personnage, alors qu’ils avaient déjà tourné un jour avec l’acteur. Zulawski s’était rendu compte que l’acteur ne collait pas au personnage, et incidemment que le personnage ne servait pas le film.

Pour la créature, Zulawski et sa productrice ont vu Alien, et ont contacté Giger. Il ne pouvait s’occuper d’un nouveau projet, donc il les a redirigé vers Carlo Rambaldi, qui a travaillé sur Possession au final.
Mais Zulawski avoue que Rambaldi était un choix de la productrice, et qu’il a accepté pour lui faire plaisir parce qu’elle avait beaucoup soutenu le film. Le réalisateur voulait une créature indiscernable, et c’est l’idée qu’on trouvait dans les dessins de Rambaldi, mais ce qu’il a créé au final ressemblait trop à un phallus géant. A l’arrivée de Rambaldi en Europe, Zulawski lui a appris qu’il devait filmer la créature le lendemain, et tout faire en deux jours. L’artiste-FX lui a dit que pour Rencontres du troisième type, il lui avait fallu 6 semaines de préparation pour un gros plan d’alien à la fin. Et au final, il a dû bricoler en une nuit, avec trois assistants, la créature qu’on voit sur le lit dans Possession. Le "phallus géant" apparaît dans un seul plan.

Pour la séquence dans le métro, Zulawski a indiqué à Adjani qu’elle devait "baiser l’air". Il dit qu’il ne pouvait pas expliquer quelque chose qu’il ne pouvait pas s’expliquer soi-même. Il y a des moments dans le film où Anna exprime son mal avec des mots, mais là c’est une scène où elle agit. Elle évacue un mal. Et ce qui coule d’elle est la même chose que le monstre, et au final le double de son mari.
Il faut que j’y pense la prochaine fois que je revois le film…

Sam Neill surlignait son texte de couleurs différentes, en fonction du niveau de folie dans lequel était son personnage.
Zulawski évoque la sale réputation qu’avait Isabelle Adjani à l’époque à cause de son caractère, mais il se dit comme pire qu’elle.
Il raconte une histoire où elle contestait devoir portait des lentilles, qui l’enlaidissaient selon elle. Il l’a coincée contre un mur, derrière une porte, et a menacé de lui écraser la tête si elle ne tournait pas avec ses lentilles.
Mais il en parle comme si ce n’était qu’une petite dispute.

Zulawski raconte que ses montages prennent toujours 5 ou 6 jours seulement, parce qu’il prédécoupe tout. Il vient du "cinéma du pauvre", du coup il a appris à faire ainsi. Au début, il avait juste assez de pellicule pour ne tourner qu’une prise.
Les quelques extraits qu’on voit de ses premiers films me donnent encore plus envie de les voir.


Il y a un bonus sur le remontage américain de Possession. Le distributeur en avait fait un double-feature avec un film d’horreur, et en a coupé 40mn.
La bande-son a été refaite, des dialogues réenregistrés, des effets psychédéliques ajoutés à des plans, … Un véritable massacre, qui change complètement le sens du film.

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