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 Les particules élémentaires - Michel Houellebecq

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Fry3000
King of the zombies
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MessageSujet: Les particules élémentaires - Michel Houellebecq   Jeu 25 Sep 2014 - 18:59


Lorsque je suis allé acheter "Les affamés" il y a un mois environ, j’avais par la même occasion acheté "Les particules élémentaires", un bouquin de Houellebecq, duquel j’avais déjà lu "Extension du domaine de la lutte", afin de me délecter à nouveau de sa description de la misère de l’homme moderne. Et ça ne se fait pas attendre : rien que les premières pages du bouquin suintent le désespoir et la lassitude. Une description du mal-être qui m’a fait ricaner. En lisant les lignes, on entend presque le ton neurasthénique du personnage qui les énonce.
"En 1993, il avait ressenti la nécessité d’une compagnie ; quelque chose qui l’accueille le soir en rentrant. Son choix s’était porté sur un canari blanc […] Il chantait, surtout le matin ; pourtant, il ne semblait pas joyeux ; mais un canari peut-il être joyeux ?"
Houellebecq se montre parfois plus rentre-dedans, mais tout en gardant un air sérieux et morne, comme lors de ce passage : "Pourquoi la femme ne démarrait pas ? Se masturbait-elle en écoutant du Brahms ?". Une phrase décalée, mais qui semble elle aussi empreinte d’un grand désespoir.
Et l’auteur a une façon géniale de faire des constats sur des banalités, au détour desquels il évoque des détails qui font penser à une envie réprimée de rapports avec les autres. Ca donne au personnage l’air d’avoir perdu son humanité, et de ne plus avoir la force et l’envie de s’en inquiéter. "A plusieurs reprises, généralement en sortant ses poubelles, il croisa de nouveau la rédactrice. Elle hochait la tête, probablement en signe de reconnaissance ; il hochait de son côté. Somme toute, l’incident lui avait permis d’établir une relation de voisinage ; en cela, c’était bien."

Houellebecq insère, au début du livre, beaucoup de bios de scientifiques, avec une écriture suffisamment agréable pour que ça ne soit pas barbant, et invente avec tout autant de détails la vie des personnages principaux, en évoquant même leurs proches ancêtres. On s’y perd d’ailleurs un peu avec tous ces personnages, les relations s’en retrouvent floues.
Ca représente un grand travail d’écriture, honorable, mais je me demandais où voulait en venir l’auteur. Pour le lien avec les autres scientifiques, ça devient compréhensible une fois le livre achevé, mais sinon je pense que Houellebecq raconte avec précision l’enfance des personnages afin de pousser le lecteur à se demander "à quel moment ça a foiré ?", surtout au vu de ce que sont devenus les deux personnages principaux, Michel et son frère Bruno.
Pour illustrer cette idée, il y a cette scène simple mais plutôt poignante où Michel retrouve une photo de lui enfant, l’air heureux, et se met à pleurer.
Michel, le biologiste neurasthénique, avait durant son enfance une amie très proche. Je me suis senti forcément assez triste en constatant que quelque part entre les évènements relatés au passé et le présent, cette relation s’est arrêtée ; quand est-ce que ça avait pu mal tourner ? Une question qui me turlupinait d’autant plus que la fille développait des sentiments pour Michel. Ce qui ne fonctionne pas par contre, c’est que lorsqu’il était jeune, Michel était déjà détaché du reste du monde, et on ne comprend pas ce que la fille a bien pu aimer en lui.

A la Chuck Palahniuk, Michel Houellebecq balance parfois des informations scientifiques qui apportent un léger décalage : "En 1961, son grand-père mourut. Sous nos climats, un cadavre de mammifère ou d’oiseau attire d’abord certaines mouches (Musca, Curtonevra) ; dès que la décomposition le touche un tant soit peu, de nouvelles espèces entrent en jeu, notamment les Calliphora et les Lucilia". Mais c’est aussi peut-être pour montrer comme le personnage, assoiffé de savoir, est aliéné par toutes les connaissances qu’il a englouti.
En tout cas, ça et là, on nous raconte des choses très intéressantes, par exemple sur l’évolution de la société et des mœurs (les conséquences de l’esprit soixante-huitard page 106, le réel changement apporté par la révolution sexuelle page 116) ; il y a une analogie fascinante entre le comportement de l’homme et des animaux page 178 : "Par exemple une poule affamée, empêchée d’obtenir sa nourriture par une clôture en fil de fer, tentera des efforts de plus en plus frénétiques de passer au travers de cette clôture. Peu à peu, cependant, ce comportement sera remplacé par un autre, apparemment sans objet. Ainsi les pigeons becquettent fréquemment le sol lorsqu’ils ne peuvent obtenir la nourriture convoitée, alors même que le sol ne comporte aucun objet comestible. (…) Début 1986, peu après avoir atteint l’âge de trente ans, Bruno commença à écrire".
(il faut savoir que pendant tout le reste du bouquin, Bruno est décrit comme obsédé par le rapport sexuel, le cherchant désespérément)
En revanche, d’autres réflexions scientifiques plus complexes m’ont complètement perdu.
Houellebecq semble vouloir livrer aux lecteurs beaucoup de propos et d’infos, en vrac, et le fait souvent au détriment de la vraisemblance du récit. Il est peu crédible que les personnages tiennent tant de longues conversations, qu’ils débutent un dialogue en exposant simplement leurs pensées sur Aldous Huxley, ou même que Bruno fasse ce très long récit de sa vie en passant d’un interlocuteur à un autre (à la Forrest Gump), sans s’en soucier. Houellebecq s’en fout, il veut juste raconter ce qu’il a envie, peu importe comment le faire passer au travers des personnages.
A un moment, l’auteur part dans une histoire de tueur en série, évoqué par Bruno, mais ça sert un propos intéressant, disant que la continuation logique de la destruction des valeurs morales représentée par la libération sexuelle, était l’affranchissement d’autres barrières morales en se tournant vers "les jouissances plus larges de la cruauté".
De même, quand Houellebecq met en couple ses deux personnages principaux, dans des circonstances peu réalistes, ça semble lui servir surtout à dépeindre par la suite une sexualité avilie ; qu’il s’agisse dans un cas d’une sexualité excessive où il est question de partouzes, ou une sexualité où les rapports sont exclusifs à un conjoint, c’est une sexualité dépourvue d’amour véritable et axée vers une obtention facile de plaisir, cela étant motivé par un désespoir émotionnel.
Je suis, du coup, resté assez insensible à cette partie du bouquin.

A un autre moment, Houellebecq tape dans le cocasse, lorsque le personnage de Bruno, obsédé par le sexe, se rend avec l’intention de baiser dans un camping fait pour les 68ars, où l’on propose des ateliers d’hippies, mais où l’on peut se balader nu et supposément baiser où/qui on veut… mais où demeure, forcément, une hiérarchie entre les gens attirants ou non. Tout le récit, à ce point là, est empreint de pensées automatiquement vulgaires et misogynes, provenant de Bruno. Je trouve que c’est un exercice intéressant à lire.
Le personnage s’avère aussi par moments très raciste, et Houellebecq nous livre des extraits de son pamphlet contre les noirs, irrévérencieux au point d’être drôle.

En somme, "Les particules élémentaires" comporte beaucoup de bons éléments, mais répartis dans un récit presque prétexte qui part dans trop de directions différentes. Je me suis senti moins concerné qu’à la lecture d’Extension du domaine de la lutte, bien qu’il faille dire que les thèmes de la déprime et du désabusement, plus vastes, me touchaient un peu plus personnellement puisque pouvaient être destinés à des personnes de n’importe quel âge.

PS :
J’ai découvert une citation de Baudelaire superbe, page 193, qui m’a donné envie d’en lire plus.
Et je vais terminer sur cette pensée qui m’a plu, page 287 :
"Certains êtres vivent jusqu’à 70, voire 80 ans, en pensant qu’il y a toujours du nouveau, que l’aventure est, comme on dit, au coin de la rue ; il faut en définitive pratiquement les tuer, ou du moins les réduire à un état d’invalidité très avancé, pour leur faire entendre raison."

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