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 Saga - Tonino Benacquista

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Fry3000
King of the zombies
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MessageSujet: Saga - Tonino Benacquista   Mer 10 Juil 2013 - 16:26


Fiche du livre :
Auteur : Tonino Benacquista
Année : 1997
Editeur : Folio

Mon avis :
J'avais beaucoup aimé "Les morsures de l'aube", et j'avais évidemment envie de m'attaquer à d'autres livres de Tonino Benacquista, auteur apparemment assez réputé.
Je comptais depuis un moment lire celui-ci, "Saga", qui est un de ceux les mieux notés sur SensCritique, et qui traite de 4 scénaristes oeuvrant dans une même pièce.

Le roman nous accroche en nous présentant une situation fort intriguante mettant en scène l'un des 4 personnages principaux (lors d'une enquête de police, il passe inaperçu, dans la pièce où sa bien-aimée se trouve gisant sur le sol, décédée).
Quatre personnages aux caractères et aux parcours différents, mais tous des auteurs à la vie plus ou moins perturbée.
Il y a l'écrivaine spécialisée dans les romans à l'eau de rose et à la vie sentimentale désastreuse, exploitée par son éditeur qui est aussi son amant, qui finit par la rejeter ; un scénariste en fin de carrière, dont tout le succès est derrière lui ; un homme en pleine déchéance, obsédé par l'idée de se venger d'un type qui lui a volé un scénario qui a donné "Deathfighter", un film avec Stallone et Schwarzie qui a gagné 4 Oscars (mais bien sûr) ; et un jeune aspirant scénariste, qui est le narrateur, et paradoxalement celui qui a le moins de personnalité.
"Saga" nous présente ainsi une vision sombre mais amusante du monde de l’audiovisuel. Les 4 héros sont réunis par le producteur d’une chaîne de TV peu scrupuleux, qui sait qu’il peut les exploiter pour qu’ils écrivent une sitcom qui remplira le quota de création française sur sa chaîne, mais qui sera diffusée à 4h du matin.
Et les scénaristes, en tant qu’artistes, malgré tout ce qui indique que ce qu’ils vont créer sera forcément mauvais au final étant donné le peu de crédit donné à leur projet, s’appliquent, du moins au début, dans la création des personnages et des situations ; ils ne peuvent s’empêcher de bien faire, quitte à faire des heures supplémentaires, retravailler des dialogues qui ne les satisfont pas, etc.

On a droit à plusieurs extraits du scénario de leur série, sobrement nommée "Saga", mais on ne retient pas les noms des personnages, et finalement ce n’est pas important. C’est les situations qu’on nous expose en elles-mêmes qui doivent nous intéresser, et non la continuité ou le destin des personnages de la sitcom.
Si au début les aperçus de la série que l’on a sont corrects, ça devient vite n’importe quoi, débile, faux, mal-écrit ; et pourtant les scénaristes trouvent ça bien. Je ne savais pas au début si c’était fait exprès ou non, mais je pense que si, étant donné que les scénaristes de la Saga s’évertuent à voir jusqu’où ils peuvent aller, puisqu’ils pensent que personne ne regardera leur série, et qu’au final ils rencontrent un succès monstre.
C’est n’importe quoi, mais leurs histoires, qui ont l’air encore plus saugrenues que celles que l’on voit dans "Plus belle la vie", attirent un public grandissant, la série devenant un phénomène de société.
La série Saga se retrouve donc avec un budget plus conséquent, et ça a des conséquences sur l’écriture des épisodes, les scénaristes voyant plus large. C’est plutôt amusant de voir comme les évènements influencent sur leur récit ; l’un des scénariste trouve la femme de sa vie grâce à un personnage écrit selon ses fantasmes ; une autre fois, quand le superviseur de la Saga demande de combler 15mn d’épisode suite au départ d’un acteur, de colère un des scénaristes invente une scène exagérément cheap où les personnages parlent de trucs fous qui se passent hors-champ.
C’est amusant, mais pas fin, Benacquista en fait trop.
Par contre, c’est très drôle quand les scénaristes décident d’imposer 15mn de sincérité par épisodes, 15mn où les personnages s’expriment par des "phrases nues", et parlent sans détours. On a droit à un comparatif d’une scène avant/après le traitement, et c’est bien drôle. Je pense que tout le monde devrait pouvoir parler ainsi…

On atteint un autre niveau de n’importe quoi quand la série Saga se termine, et que la fin n’est pas au goût des spectateurs, qui traquent le seul scénariste restant en France, déposent des TV devant chez lui, etc… C’est complètement débile.
Pendant ce temps, les 3 autres scénaristes réussissent leur vie à l’étranger, et on nous propose une vision du succès grâce à l’audiovisuel d’un n’importe-quoi total et scandaleux. Le personnage qui va aux USA fait un comparatif très faux des avantages entre les Etats-Unis et la France pour un scénariste (c’est simple : tout est bien aux USA, tout est mauvais en France), et à travers lui Benacquista cherche à faire croire que les scénaristes sont des stars adulées aux USA, des auteurs avec tous les pouvoirs (alors que justement, c’est plutôt en Europe qu’on reconnaît les auteurs).
Ensuite il y a l’auteure des romans à l’eau de rose qui se retrouve comme une reine, sur une île, à s’occuper d’inventer une vie de people à une famille royale…
"Saga" a reçu le prix des lectrices du magazine Elle ; à mon avis c’est un livre qui doit plaire uniquement à ceux pour qui l’univers de l’audiovisuel est inconnu.

Ce qu’on ne peut pas nier, c’est que le roman, écrit de façon assez simpliste par moments, a parfois de belles tournures, ou des formules bien trouvées.
« J’ai juste eu le temps de prendre à la sauvette une bouffée de féminité et l’ai gardée en apnée jusqu’au-dehors » p148
« Si le feuilleton n’a de limites que celles de mon imagination, je prends un malin plaisir à les repousser par peur de les voir me barrer la route » p245
« [à propos de dialogues] Efficaces comme l’est un coup de fusil quand on est à court d’arguments. Les dialogues puent le dialogue, tous ces gens-là parlent une langue morte, une langue qui n’appartient à personne, une langue hypocrite et plate qui tape partout ailleurs qu’au bon endroit […] » p255
« [concernant le meurtre de l’être aimé] J’ai souffert, oui, mais autrement. Je pouvais m’imaginer sans elle, mais elle sans moi, c’était au dessus de mes forces » p429
Et il y a cette superbe déclaration d’amour p248

Saga est un roman qui se lit sans mal, mais arrivé à la fin, on se demande "c’est tout ? Tout ça pour quoi ?".
Même quand le récit m’amusait, je me demandais où est-ce qu’on allait, où est-ce que Benacquista voulait nous mener, avec ces 4 scénaristes n’existant pas, qui écrivent une série fictive. Je ne le sais toujours pas vraiment.

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