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 Extension du domaine de la lutte - Michel Houellebecq

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Fry3000
King of the zombies
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MessageSujet: Extension du domaine de la lutte - Michel Houellebecq   Lun 13 Mai 2013 - 23:45


Fiche du livre :
Auteur : Michel Houellebecq
Année de publication : 1994
Editeur : J'ai lu

Mon avis :
"Extension du domaine de la lutte", un titre qui paraît bien prétentieux. Je ne me serais pas intéressé à ce livre ou à son auteur, qui, dans mon esprit, était mal considéré par le public, si, suite à une discussion sur les vidéos de "Jérôme le puceau" et "La croisière des célibataires", on ne m'avait pas passé, à titre de comparaison, un extrait de l'adaptation en film de ce roman de Houellebecq.
J'étais forcément tenté par ce récit où un trentenaire désabusé jette un regard chargé de regret sur une jeunesse dont on n'a pas tiré profit. Le résumé du livre que j'ai pu lire sur Senscritique consistait en un extrait qui développait l'idée que je m'étais déjà faite. Le héros y évoquait une soirée au cours de laquelle une femme se déshabillait spontanément, non sans critiquer l'inutilité de cet acte.
Je voyais déjà le personnage qui jette un regard critique et acerbe sur les autres, sur la société, dont il est en marge. Ca me charmait encore plus.

L’extrait susmentionné correspond à un passage très court du livre, jusque le premier chapitre qui ne fait que quelques pages. Le livre en lui-même est court aussi, il ne fait que 156 pages.
Au premier abord, il n’y a pas vraiment de récit ou de continuité dans les évènements relatés, les chapitres correspondant chacun à une situation semblant simplement présenter le caractère un peu pathétique du héros. Il parle de la voiture qu’il perd mais que par orgueil il déclare volée, il parle de son ébauche de fiction animalière où un fermier est une allégorie de Dieu. C’est d’un burlesque qui rend le personnage ridicule.
Très tôt, le protagoniste présente sa vision de la vie, et impose la découverte de la vacuité de celle-ci comme une fatalité, quoiqu’on fasse pour se divertir entretemps. Et pourtant, on ne veut pas mourir ; il compare cela au fait de continuer de nager alors qu’on n’a pas de rive à rejoindre, et on est voués à se noyer.
Plus tard, il imagine un singe coincé dans une cage trop petite avec un trou donnant sur un précipice comme métaphore de la vie et de l’éventualité du suicide. Ca a du sens.

Le héros observe les humains comme un être extérieur, qui s’étonne des variations (causes de problèmes) qui existent entre les individus, "(…) sans doute dans le but d’obliger leurs interlocuteurs à les traiter comme des individus à part entière", p21. Ce bonhomme est très amusant dans sa misanthropie. Le comique vient du fait qu’il semble venu d’un autre monde ; c’est un peu L’étranger, de Camus. Mais parfois, il suffit que le narrateur retranscrive les paroles, très communes, d’un spécimen humain, pour en faire ressortir le caractère ridicule.
Le héros réagit dans une discussion car il pense que c’est ce qu’il devrait faire, ce qui est attendu de lui, après un bref instant d’analyse des mécanismes normaux qui gèrent les conversations. "Dans trois ans elle aura peut-être son diplôme d’ingénieur. Ingénieur. Je suis ingénieur. Il faut que je dise quelque chose." (p27)
Il y a une phrase p128 qui résume bien sa vie, "De temps en temps, je consultais mon agenda : nous étions le 29 décembre. Il fallait que je fasse quelque chose pour le 31. Les gens font quelque chose pour le 31"
Je me suis demandé à un moment, sans y repenser ensuite, si le personnage avait un nom. Il n’en a pas.
Le personnage est conscient de ce qu’est sa vie, il s’en fout. Il continue par défaut.
Il garde un de ses amis par défaut aussi, car il en a peu.
C’est énorme dans ce roman, la représentation de l’incapacité générale à établir des rapports humains. Certains des personnages ne connaissent plus que l’utile, le fonctionnel, ils sont conformés, et ne savent pas comment on crée des liens.
Le héros quant à lui est obligé d’imiter un schéma tenant presque de la caricature pour faire illusion, quand il fait mine de vouloir parler de plan cul à son collègue de travail, feignant connaître son sujet.
Le seul moment où le personnage principal parle considérablement, c’est vers la fin, pour faire le triste constat de cet échec inévitable qu’est la vie sentimentale de son collègue : un monologue tout à fait brillant. C’est exactement le même qui est repris dans le film, qui du coup m’apparaît comme beaucoup moins inspiré.

Le héros du roman a les mêmes constatations que moi, cf p42 où il évoque l’établissement de relations humaines, et les mêmes désillusions, cf p48 où il dit qu’il pensait, à défaut de mieux, pouvoir au moins vivre dans l’ennui, mais que c’est une situation qui n’est pas tenable, et qui devient douloureuse.
Idéologiquement j’ai beaucoup de points communs avec le personnage, qui est cependant plus lettré que moi. Il résume un peu tout ce que je peux penser de la vie page 147 : "Mais je ne comprends pas, concrètement, comment les gens arrivent à vivre. J'ai l'impression que tout le monde devrait être malheureux". Ca me plaît.
De façon plus triviale, le héros a ce souci du détail inutile pour donner plus de précisions sur le contexte d’un évènement qu’il relate, qui fait penser à moi également, quand je me montre capable de situer, plus précisément qu’une personne normale, un évènement dans le temps et l’espace, avec un grand nombre de détails qui n’ont d’importance pour personne, pas même moi.

L’auteur a ses moments de pur génie, notamment p102 quand il évoque la primordialité de l’achat d’un lit deux place, et développe l’idée à fond, ou quand il décrit plusieurs cas de figure en lien avec la sexualité adolescente ; il y a des phrases fabuleuses qui jaillissent d’un cheminement qui mène en fait nulle part. Plus d’une fois, Houellebecq cite de longs passages des "fictions animalières" de son personnage, semblant simplement vouloir s’en servir pour placer quelques unes de ses réflexions, sans que ça n’ait aucun rapport avec le reste. Je crois qu’il voulait un peu se foutre de la gueule du lecteur, avec ces histoires où un animal, dont la race n’importe en fait pas du tout, se lance dans un discours alambiqué et ultimement interrompu avant la fin. Si le propos est cohérent et bien articulé, il y a des fois où on se demande s’il y a un vrai message, ou si l’auteur cherchait juste à nous mindfuck-er.
Son récit dévie parfois du droit chemin, lorsqu’un personnage considère l’idée de devenir un meurtrier, ou quand un autre rentre dans un cinéma porno où on se masturbe à proximité des couples. Houellebecq a beau sembler malin, il a ses faiblesses. Le plus étrange, c’est ce passage de la narration au présent à celle au passé, ou inversement, sans logique ; une chose contre laquelle on nous a mis en garde depuis l’école primaire.

Extension du domaine de la lutte est assez laborieux à lire, mais c’est un roman porteur d’idées et de propos qui ont plu au misanthrope désabusé et pessimiste que je suis, donc je garde une grande affection pour lui quoi qu’il arrive.

PS : J’en ai appris sur la mort de Robespierre ! On lui a arraché un bandage à sa mâchoire fracturé, répandant ainsi ses dents et sa mâchoire inférieure sur le sol ! Fabuleux !

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