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 Versus - Antoine Chainas

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Fry3000
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MessageSujet: Versus - Antoine Chainas   Ven 12 Oct 2012 - 16:42


Encore une couverture de livre qui doit faire se poser des questions aux gens autour de moi dans le métro.

Fiche du livre :
Auteur : Antoine Chainas
Année de publication : 2008
Editeurs : Gallimard / Folio

Mon avis :
Quand j'avais lu cet article sur les auteurs à la Chuck Palahniuk dont j'avais parlé dans le topic sur "Anaisthêsia", le bouquin d'Antoine Chainas qui était cité, c'était "Versus". Une fois que je me suis mis à chercher du Chainas en magasin, l'épaisseur de Versus, et le fait qu'Anaisthêsia ait reçu un prix, m'a orienté vers ce dernier. L'ayant aimé, tout comme le suivant que j'ai lu, "Aime moi, Casanova", je savais que je pouvais me lancer dans Versus et des 646 pages sans trop de risques de ne pas aimer.

Chainas adopte un langage de bas-étage dès les premières lignes, avec ses expressions de beaufs, mais on voit qu'il ne fait que s'adapter à son personnage principal, Nazutti, le flic complètement désabusé et qui haït tout et tout le monde, et on sent le style de l'auteur qui se cache derrière cette façade. Sans qu’on ne marque la séparation, on distingue le passage entre l’intériorité du protagoniste et la narration de l’auteur, qui en vient aussi à retranscrire les pensées et points de vue de Nazutti dans un style plus soutenu, mieux exprimé.
L’auteur expose une pensée très radicale de la part de son personnage principal, pour résumer disons qu’il est misogyne et raciste, et il s’imagine qu’en aucun cas il ne doit céder, il ne doit pas devenir "tolérant" comme tant d’autres qui n’ont su résister, il ne doit pas s’autoriser à parler aux gays ou aux "femelles", au nom des gens normaux qui peuvent compter sur lui.
Nazutti, homophobe évidemment, assimile même les gays à un danger de société, car il sont sur la voie de ce qui est acceptable, et si on les accepte eux, que finira-t-on par accepter par la suite ? Pour Nazutti, accepter l’homosexualité dans notre société, ce n’est pas bien différent que d’en venir à faire le même constat pour les tueurs et les pédophiles ; sans que l’on sache s’il exagère son discours ou s’il croit vraiment en ce qu’il annonce au lecteur.
Dommage que les quelques propos tenus par Nazutti pour défendre son point de vue et son attitude discriminatoire ne soient pas cohérents, il semble commencer un discours argumentatif basé sur pleins d’exemples de faits concrets (beaucoup trop sont listés pour que ce soit naturel), mais sans mener à aucune conclusion, Chainas pensant peut-être qu’en cours de route on aurait oublié le début de ce qu’il écrivait.
Dommage, car ça aurait sûrement été encore plus intéressant d’avoir un personnage aux idées détestables mais qui sache défendre correctement son point de vue, le rendant presque valide.

On ne trouve ce défaut qu’au début du roman, par la suite Nazutti change et ne semble plus aussi extrême (d’ailleurs, ayant mis du temps à finir le livre, me souvenais même plus avant de lire mes notes que le personnage était ainsi au départ).
Au cours du roman, on passe par le subjectif de nombreux personnages, en plus de Nazutti et son coéquipier Andreotti qui s’occupent d’affaires de viols de mineurs, Chainas nous fait passer de l’autre côté du miroir en se plaçant dans la peau d’une mère qui, un jour, voit sa fille lui être enlevée par un pédophile.
Sont exprimés longuement et superbement son désarroi et sa douleur terrible.
Chainas a le chic pour imaginer des personnages et situations à part. Ici, un flic handicapé qui est décédé oublié dans les sous-sols aux archives ; un meurtrier avec une paralysie péristaltique qui empêche sa merde de sortir "lors des défécations de second type", et la puanteur l’aide à s’échapper dans une foule.
Il s’amuse aussi à placer dans le récit des détails crades qu’on a pas l’habitude de voir dans d’autres lectures : le sexe de Nazutti qui durcit avant d’appréhender un suspect ; le suspect qui a la bouche "constellée d’herpès" ; les clefs dans la fente ; le collègue homo en planque qui ne cesse de péter puis se chie dessus ; la mère dévastée depuis des années qui se livre aux pires sévices de son plein gré, …
Mais voilà, ce que j’aime surtout, c’est justement la description de ces personnages complètement démolis.
Nazutti et Rose Berthelin, la mère qui a perdu sa fille… leur rencontre est superbe. C’est un truc qui ne pourrait arriver dans la vraie vie comme on le voit dans le livre, mais la confrontation est savoureuse.
Tous ces éléments, à force, font oublier l’enquête policière qui devrait être au centre de l’intrigue. Mais elle est toujours secondaire, chez Chainas.

Antoine Chainas a ses thèmes récurrents et un style d’écriture reconnaissable.
Un surnom récurrent pour un personnage de policier, aussi : "Gros Charlie" (est-ce le même à chaque fois ?).
Mais concernant l’écriture, il y a chaque fois une particularité : dans "Aime moi, Casanova", je pense que c’était tous ces termes dérivés de l’anglais ; dans Versus, c’est cette utilisation de beaucoup d’abréviations qui font référence à un jargon qui doit faire partie du quotidien des flics du roman. J’ai pu remarquer, en 3 romans, que Chainas aime les termes pointus, notamment ceux en rapport à différentes techniques de combat, ou ayant trait à l’anatomie, que l’on démolit allègrement avec les techniques de combat susmentionnées. C’est une constante chez l’auteur. Dans tous les cas, on reconnaît un travail de recherche poussé, une plongée en profondeur dans les domaines et milieux (policiers ou undergrounds) évoqués dans les romans de Chainas.
Encore une fois, l’auteur présente une police corrompue, mais de façon plus crédible cette fois. Toute l’histoire sur les deux policiers qui tuent un SDF, ce qui rend service au maire, et qui ont une augmentation de salaire une fois placés à un autre poste, tandis que le flic idéaliste qui essaye de faire toute la lumière sur cette affaire est mis à pied… On a du mal à douter que des choses semblables puissent réellement arriver.
"Versus" m’a aussi ouvert les yeux sur ce qui se cache derrière une certaine façade clean, en évoquant des clochards dont on se débarrasse pour ne pas déranger les touristes. Ca semble tellement probable…
Du coup, même les choses que j’aurais eu du mal à croire autrement (l’histoire de "semeuses", eurk), je me dis que c’est peut-être vrai… "sûrement" vrai, même, après avoir lu sur le blog d’Antoine Chainas un extrait d’un article de journal qui évoque des faits très semblables à une pratique étrange dont on parle dans "Versus" :
http://zymansky.over-blog.com/article-34135267.html
On en apprend des choses, grâce à monsieur Chainas. J’ai appris ce qu’est la tératologie, l’acrotomophilie, le minimalisme organique, …
Je pense que j’aurai déjà oublié ces termes demain, mais c’est pour ça que j’ai pris des notes.
Pour ça et pour retenir toutes les phrases, toutes les tournures, toutes les réflexions posées sur le papier qui m’ont particulièrement plu.
Ces derniers temps, comme je fais avec chaque bouquin que je lis, je peux juger un peu mieux de leur qualité en voyant combien de notes j’ai pris.
Je marque les numéros de pages sur la page blanche suivant la couverture. Pour indication, sur "Versus", en notant juste les numéros de page, en petit, ça fait une ligne verticale et demie. Doit y avoir 50 ou 60 pages de notées. C’est beaucoup.

Deux notes, que j’ai entouré, carrément, ça veut dire que c’est important :
Page 387 :
« - Tu n’es pas à l’aise ?
-Non.
-Trop d’agitation ? Trop de vie ?
-Trop de morts ajournées. »
Page 508 :
« Rose Berthelin et son corps élancé, svelte et ferme.
Rose Berthelin et son visage lumineux, béni par la mort.
Rose Berthelin, la survivante, Rose Berthelin, la purifiée. Rose Berthelin, la ressuscitée.
Rose Berthelin et son odeur enivrante, légèrement acide, comme du citron, un peu…
Rose, Rose, Rose… Ca sonnait bien, comme nom. Quelque chose de délicieux.
Sa voix, son rire : une ode qui par la seule force de ses évocations vous aurait porté loin des vicissitudes et de l’horreur… »

… bon j’en ajoute une :
P642 :
Il la vit, là-bas, au bout du quai. Sage. Sérieuse.
Il sourit avec peine. A ne pas montrer son malaise, sa fureur rentrée bien en dedans. »

C’est pas les citations les plus représentatives du roman, objectivement probablement pas les meilleures (il y en a de géniales hein), mais elles me correspondent bien.


EDIT : Ah, et que signifie cette parallèle entre Nazutti et le dinosaure en jouet, à la fin ? C’est curieux.

EDIT 17/10/2012 : Si je vois Chainas un jour, et je compte faire que ça arrive, je lui demanderai ce que c'est que cette histoire de tourelles en bois. Ne pas oublier.

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