La Crypte

Zombies, horreur, SF. Et cinéma en tous genres.
 
AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Le facteur sonne toujours deux fois

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Fry3000
King of the zombies
King of the zombies
avatar

Masculin Nombre de messages : 8764
Age : 25
Date d'inscription : 16/05/2007

MessageSujet: Le facteur sonne toujours deux fois   Ven 10 Aoû 2012 - 18:30


Fiche du livre :
Auteur : James M. Cain
Année de parution : 1934
Genre : Policier
Editeur : Folio

Mon avis :
Cette année, j'avais vu en cours un de mes collègues lire le bouquin, le mettant à l'abri du regard du prof en le collant contre le siège de devant. Je sais pas pourquoi, je me suis intéressé au bouquin, me disant juste qu'il devait être pas mal, en me basant sur ce que m'évoquait le nom de l'auteur et le titre.
Enfin, j'avais surtout noté les deux adaptations ciné (je crois que je ne savais même pas qu'il y en avait deux), étant donné que je suis plus axé ciné que littérature, je sais pas si vous avez remarqué. D'ailleurs, quand j'étais gamin, le titre, qui m'avait intrigué, ne m'évoquait qu'un film, me demandant de quoi pouvait bien traiter un long-métrage parlant d'un facteur qui sonne deux fois.
Si j'ai lu le bouquin finalement, sans même avoir vu les films avant -étant donné que d'habitude, c'est l'adaptation qui me mène à lire un bouquin ensuite- c'est qu'en achetant un autre bouquin d'Antoine Chainas, après avoir commencé Anaisthêsia, il y avait Le facteur sonne toujours deux fois à côté.
Vu comme le roman était peu épais, j'ai pas trop hésité à le prendre.

Le nom de l’auteur, James M. Cain, m’évoquait vaguement une certaine popularité, sans pouvoir dire ce qu’il a fait. Aussi, pour un roman aussi connu que celui-ci surtout, j’ai été assez désarçonné par le style d’écriture très primaire.
Le langage et les expressions sont datés, déjà, je ne comprenais pas toujours. Je ne sais pas si par le passé le terme "pare-brise" évoquait autre chose que ce que Carglass répare de nos jours, mais dans le bouquin un personnage amène celui d’un client dans la cuisine pour le laver !
Certes, là ce n’est pas tellement la faute de l’auteur, mais à ces objets de trouble s’ajoute un manque d’indications, handicapant encore plus la compréhension.
Au début du chapitre deux par exemple, on ne sait pas qui parle à qui, ni de quoi ; on croit que c’est un client qui s’adresse à Frank, alors que c’est Frank qui s’adresse à la femme de son patron. Ce pourrait être fait exprès dans certains romans, mais là j’ai la nette impression que la confusion n’est pas volontaire.
Il y a de courts dialogues qui se déroulent entièrement sans qu’on n’ait aucune indication permettant de savoir qui prononce quelle réplique.
Enfin, il se passe des choses sans qu’on n’ait assez d’explications pour ne pas être déconcerté. Par exemple, il y a cette partie de billard durant laquelle Frank veut piéger un débutant, il dit qu’après avoir fait semblant de perdre, il a joué comme un champion, face à ce type qui n’est pas capable d’effectuer les coups les plus simples… et pourtant il perd. Hein, quoi, comment ? Est-ce que le personnage principal aurait menti à ses lecteurs sur ses talents de joueur de billard ? Si c’est le cas, ce qui serait possible étant donné que c’est un escroc, ce n’est pas du tout signifié.

Comme le roman ne fait que 152 pages, les choses vont vite. C’est inhabituel pour moi de voir un roman si court, mais pas dérangeant au final.
Le seul élément de l’écriture sur lequel l’auteur fait un peu l’impasse, c’est la description des personnages, quasi absente. Pour le Grec par exemple, on ne sait pas à quoi il ressemble au départ, ce n’est qu’après quand sa femme évoque tout ce qui la dégoûte en lui, qu’on en a une vague idée.
Autrement, les choses sont quand même assez bien dépeintes.
Le personnage principal, Frank Chambers, est vite décrit par quelques situations comme étant un escroc, un profiteur. Son désir pour la femme de son nouveau patron est tout aussi vite établi, et même si le sentiment est juste esquissé, l’auteur se concentre sur une idée forte pour exprimer l’envie de Frank. Ce dernier dit que Cora n’est pas d’une beauté extraordinaire, mais il évoque ses lèvres, dans lesquelles il a envie de mordre. C’est un beau fantasme, qui se retrouve concrétis. Cora appelle à la morsure d’elle-même, le sang coule sur son cou.
La relation dans le couple Frank/Cora sera par la suite régulièrement sauvage, carnassière même.
Lorsqu’ils doivent se blesser pour simuler un accident de voiture, Frank arrache la robe de sa maîtresse et lui fout un coup de poing, ce qui ranime chez Cora un désir bestial. Excellent.
L’auteur rattache la violence au sexe, le personnage féminin en tire un plaisir qu’on rapprocherait aujourd’hui de celui sado-masochiste. Et ce livre a été écrit en 1934.
Dans Le facteur sonne toujours deux fois, on parle franchement. Frank dit à Cora qu’elle est une belle garce, et ça ne la trouble même pas, elle s’accorde même là-dessus.
Par contre, l’auteur évite de parler top directement du sexe. On nous fait juste comprendre que certains moments y mènent, ou alors la fornication se déroule lors d’ellipses. Le personnage de Cora use de périphrases, elle parle de "sortir le soir", et plutôt que d’expliciter, elle demande à Frank s’il comprend ce qu’elle veut dire par là.
Il y a donc quand même un peu de réserve, mais j’imagine que le roman a dû faire un petit scandale à l’époque de sa parution.

La relation de Cora et de Frank semble basée principalement sur le sexe ; il n’y a rien pour s’en rendre compte, mais apparemment les deux protagonistes s’aiment réellement. On ne le ressent pas, mais on est obligé de le croire à force, tant ils répètent qu’ils s’aiment.
J’ai quand même ressenti une certaine tristesse pour eux à la fin, quand les choses ne sont plus pareilles, et qu’ils craignent ne plus avoir cet amour qui était tout pour eux.
Vers la fin, il y a des discussions de couple assez poussées, où les personnages s’expriment à cœur ouvert sur leur situation fort délicate. Ca aurait pu être sympa, comme quand on a ça dans un film de la nouvelle vague ; j’imagine que les idées et les liens entre les répliques sont clairs pour les personnages et l’auteur, or on ne peut en dire autant pour le lecteur. L’intérêt en est réduit.

Dans la seconde partie du roman, alors qu’on se concentrait sur la relation sulfureuse de Cora et Frank, à l’insu du mari de madame, l’intérêt principal devient l’affaire qui suit le meurtre du patron de Frank ; comment le héros se fait embobiner, comment les personnages principaux se démêlent de cette pagaille, etc.
James M. Cain a beaucoup écrit pour le cinéma, on lui doit notamment Assurance sur la mort, que je n’ai pas vu, mais qui est un classique du film noir. Le facteur sonne toujours deux fois se rapproche d’ailleurs beaucoup de ce genre cinématographique, par tous ses thèmes et toutes les phases de l’intrigue.
Au vu du résumé précédant le récit dans l’édition que j’ai achetée, je pensais que Cora serait une femme fatale qui mènerait Frank à sa perte. Les choses ne sont pas aussi simples que ça, et elle n’est pas réellement responsable de sa perte, contrairement à ce qui est écrit. Dans son physique, et surtout dans son attitude, Cora n’est pas une femme fatale, du tout. Certes elle pousse Frank à commettre un crime, mais c’est pour leur intérêt commun, elle réclame cela pour leur amour mutuel, pas pour son intérêt strictement personnel.

Malgré les défauts d’écriture que j’évoquais précédemment, il y a quelques bonnes idées littéraires dans ce roman.
La caractérisation du flic embêtant, celui qui est là quand Frank et Cora préparent leur meurtre la première fois, est pas mal. Il ne soupçonne rien, mais reste là, gênant pour les personnages juste par sa présence, et traîne à partir en disant trois fois la même chose qui relève de la pure banalité. Il est comme beaucoup de ces personnes qui radotent sans avoir grand-chose à dire, mais ici cela devient un objet de stress pour les personnages.
Et ensuite, il y a l’idée du sifflement du Grec qui revient en écho après le meurtre de ce dernier, s’amenuise et s’éteint, tandis que le personnage met du temps à s’immobiliser.
Enfin, je retiens cette réplique bien pertinente : "Voler la femme d’un autre, ce n’est rien, mais voler sa voiture, ça, c’est grave", en allusion au fait que l’un de ces actes est puni par la loi, l’autre non.

Il y a des idées sympas dans Le facteur sonne toujours deux fois, mais quand même, c’est mal écrit. Ou alors c’est la traduction qui sent pas bon, c’est possible aussi, mais à mon avis c’est un peu des deux.


Explication du titre :
http://en.wikipedia.org/wiki/The_Postman_Always_Rings_Twice#The_title_and_explanations_of_its_meaning

_________________


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://deadbydawn.users-board.net
Le Désaxé
Cadavre
Cadavre
avatar

Nombre de messages : 60
Date d'inscription : 06/08/2010

MessageSujet: Re: Le facteur sonne toujours deux fois   Sam 11 Aoû 2012 - 18:08

Fry3000 a écrit:
En me basant sur ce que m'évoquait le nom de l'auteur et le titre.

En me basant sur le mien, cela me rappelle le film L['arrière-]e train sifflera trois fois, de Fred Zinnemann Jean-Marie Pallardy.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Fry3000
King of the zombies
King of the zombies
avatar

Masculin Nombre de messages : 8764
Age : 25
Date d'inscription : 16/05/2007

MessageSujet: Re: Le facteur sonne toujours deux fois   Sam 18 Aoû 2012 - 15:40

Mince, j'avais raté ce commentaire !
Oui je connais ce film, Pallardy est assez réputé sur le site nanarland, pour être le réalisateur de "White fire".

_________________


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://deadbydawn.users-board.net
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Le facteur sonne toujours deux fois   

Revenir en haut Aller en bas
 
Le facteur sonne toujours deux fois
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [James M. Cain] Le facteur sonne toujours deux fois
» L'AMOUR FRAPPE TOUJOURS DEUX FOIS (Tome 2) de Stéphane Daniel
» Jack Nicholson 1937
» James M. Cain (Mildred Pierce, Le facteur sonne toujours deux fois, etc)
» Georges Elizabeth - Enquête dans le brouillard

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
La Crypte :: Discussions :: Livres-
Sauter vers: