La Crypte

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 Psychose 2 - Robert Bloch

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Fry3000
King of the zombies
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MessageSujet: Psychose 2 - Robert Bloch   Ven 3 Aoû 2012 - 19:05


Cover bien plus racoleuse, mensongère, mais vendeuse, que celle de mon édition.

Fiche du livre :
Auteur : Robert Bloch
Année de publication : 1982
Genre : Thriller psychologique
Résumé : Norman Bates profite de la visite de nonnes dans l'hôpital psychiatrique où il est enfermé depuis des années pour s'échapper. En apprenant qu'un film va être tourné sur les meurtres qu'il a perpétré il y a des années, il se rend à Hollywood. Pendant ce temps, Adam Claiborne, le médecin qui l'a suivi des années durant, se la joue Dr Loomis et part à sa recherche, persuadé que Norman est vivant alors que la police le croit mort peu après son évasion.

Mon avis :
C'est probablement lorsque je me suis fait toute la saga Psychose l'an dernier que j'ai appris pour cette suite au livre de Robert Bloch, écrite par l'auteur original lui-même. Et dès lors que j'ai su que le film Psychose 2 s'éloignait totalement de l'intrigue du livre éponyme, qui parle du tournage d'un film sur l'affaire Norman Bates, j'avais envie de lire ce bouquin.
Ca semblait fun. Sans avoir lu le premier Psychose, et n'ayant pas l'intention de le lire non plus, estimant que le visionnage du film d'Hitchcock, apparemment fidèle, était une alternative suffisante, j'ai régulièrement guetté les rayons des boutiques de livres d'occasion à la recherche de ce Psychose 2, qui n'a pas été réédité depuis longtemps j'ai l'impression.
Et je l'ai trouvé la semaine dernière, le jour-même où j'achevais Le meurtre de Roger Aycroyd.
Bon, c'était pas la couverture avec la femme sous la douche, mais je n'ai pas été trop regardant.

Le premier Psychose a été publié en 1959, un an avant la sortie du film. Psychose 2, le livre, est publié en 1982, un an avant la suite au cinéma. En sachant, d’après ce que j’ai lu, que personne n’osait réalisait de suite au film d’Hitchcock avant la mort de ce dernier, je me demande si Robert Bloch n’a pas fait exprès d’écrire son livre au moment où il a appris la production du second film, juste pour emmerder Hollywood. Car c’est quand même étonnant qu’il souhaite retourner au cas de Norman Bates tant d’années après, justement au moment où Psychose 2 va être produit au cinéma. Dans le bouquin, le fait que tant de temps se soit écoulé est justifié par le traitement très lent et très compliqué qui a mené à un rétablissement apparent de Norman, lui qui était catatonique à la fin de Psychose.
Contrairement à ce que m’avait laissé croire ce que j’avais pu lire en guise de résumé pour le livre Psychose, et en dépit de l’esprit rigolard de la 4ème de couverture de mon édition, Robert Bloch ne revient pas avec une simple parodie de l’univers du cinéma, non, au contraire, il se montre très appliqué dans ce qu’il fait, et on reconnaît que l’auteur a encore des choses à exprimer à travers ses divers personnages, et non pas qu’il vient juste imposer son livre pour mettre des bâtons dans les roues des producteurs du film. Ou alors c’était son intention première, mais il a su écrire quelque chose qui est au-dessus de ces histoires.

N’ayant pas lu le premier Psychose, je m’imagine que Bloch a dû être obligé d’adopter une écriture différente. On sait maintenant que Norman était schyzophrène, et on n’est plus dans sa tête de la même façon (lorsqu’on y est, le roman suivant un personnage différent selon les chapitres).
On est dans les pensées de Bates dans tout le début du bouquin, on nous expose à des réflexions poussées de sa part sur les évènements passés et sur sa situation, ce qui semble logique : le voilà enfermé dans un asile depuis des années, il doit ne pas avoir grand-chose d’autre à faire que de ressasser les évènements, réfléchir à sa vie enfermé, etc. Il se détache des autres fous et ne supporte plus leur compagnie maintenant qu’il est "guéri". Du moins, maintenant qu’il est conscient de sa condition. Mais est-il vraiment guéri ? On lui a fait passer un test lorsqu’il devait jouer une femme dans une pièce organisée pour les patients, et il se demande s’il n’a pas eu un moment de folie où il ne jouait plus, mais était son personnage.
Norman a beau ne pas se souvenir de ces phases où il était possédé par sa mère, mais maintenant sa propre logique fait qu’il se remet sur la voie du crime, pour servir ses intérêts cette fois, dès lors qu’il est sorti de l’asile et doit survivre. Norman ne voit pas le mal, tant qu’il agit pour son bien ; tout comme il ne comprend pas qu’on l’ait enfermé pour des meurtres qu’il avait commis lorsqu’il n’était pas conscient, se disant que les fous sont ceux qui l’ont cloisonné.
Norman est quand même assez lucide pour se rendre compte de la réalité des dangers encourus, pour être conscient de certains problèmes pratiques (par exemple, il ne peut aller à une station service avec les habits de l’hôpital, ou le déguisement qu’il a utilisé pour s’échapper).
On est donc loin de se retrouver avec un fou caricatural, et au cours du roman Robert Bloch montre plusieurs fois qu’il comprend assez bien la façon de penser des psychopathes (l’allusion à l’assimilation des deux termes de "pussy", réunis par une question d’envie d’appropriation qui passe par la destruction).

L’auteur se montre aussi subtil dans la description d’autres personnages, tel que le docteur Claiborne, qui a ses objectifs mais vit frustré, et se rend compte que d’une certaine façon, sa carrière ne progressant pas, il est enfermé à l’asile comme Norman l’était.
C’est cela qui rend surprenant le fait que Bloch vire à la caricature quand il en vient à dresser le portrait d’un producteur, ou d’un réalisateur pervers.
Sa vision des studios de cinéma est exagérée, et d’une sévérité radicale.
Mais ça s’applique aussi de façon plus large à sa vision du monde et de la population, en tout cas celle de Los Angeles. Il représente tout le monde comme agressif ; il y a ce passage dans un supermarché où, à chaque rayon sans exception, Claiborne se retrouve dans des situations désagréables avec des clients impolis.
Moi qui pensais que les gens d’Universal faisaient un caprice en boudant le livre Psychose 2 et son auteur, me disant qu’ils manquaient d’humour lorsque je m’imaginais encore une parodie amusante des "splatter films" d’après ce que j’avais lu sur Wikipedia, mais finalement je comprends un peu.
Peut-être est-ce une coïncidence, mais on retrouve une religieuse, aussi bien dans le début du livre Psychose 2 que le film. Après il n’y a plus aucun rapport.
Par rapport au premier livre/film, on apprend le mariage de Lila et Sam, et j’ai l’impression qu’il y a quelques échos par-ci par-là aux évènements passés : le faux-nom envisagé pour le registre de l’hôtel, Norman qui se demande comment on fait pour recevoir des invités quand on est dans un asile d’aliénés (j’imagine qu’il se posait la même question lorsqu’il invitait Mary/Marion Crane à dîner avec lui), et il y a toujours ce champ lexical des oiseaux (de proie), qui était même présent dans le film d’Hitchcock.

J’avais déjà lu du Robert Bloch dans un recueil de nouvelles sur le mythe de Cthulhu, mais je ne m’en souviens que maintenant, preuve que je n’y avais pas perçu de style particulier.
Pourtant avec Psychose 2, j’ai dû m’habituer à son style d’écriture, il a ses codes spéciaux, comme King comme j’ai pu le constater en lisant récemment Ca. Il faut comprendre et s’y faire.
En tout cas c’est bien écrit et il y a des descriptions superbes.
Quand on est dans la tête de Norman, on ressent le dérangement, sa lutte intérieure, contre cette sensation qu’il a dans les reins par exemple, allusion à ses troubles sexuels refoulés, élément typique du serial killer.
Bloch fait aussi très souvent appel à des jeux de mots et à des associations d’idées, qui en plus d’amuser, aident à passer d’un sujet à un autre, comme si on suivait le fil des pensées des personnages, et permettent de nourrir des réflexions élaborées. Par exemple, avec Norman face à la religieuse, qu’il finit par violer (le livre ne fait pas de tabous), il passe de "mère supérieure" à "mère" tout simplement, et l’inceste lui vient à l’esprit. Dans ce cas précis, ça sert aussi à représenter la folie et l’esprit détraqué de Norman.

Sur le verso du livre, on nous dit que Robert Bloch est maintenant "reconnu comme le véritable créateur du roman de terreur psychologique."
Je ne sais si ce propos pompeux correspond à la vérité, mais en tout cas ça m’a éclairé sur le style de Robert Bloch, et le terme "roman de terreur psychologique" est très approprié.
L’angoisse que décrit l’auteur ne correspond à aucun moment à la menace concrète que représente un tueur poursuivant sa victime, par exemple. Non, la tension et l’angoisse se trouve dans des moments où une religieuse a du mal à partir d’un hôpital psychiatrique où tout le monde se rue vers la sortie, sous l’orage. L’auteur insiste sur ce temps qui serait habituellement faible, et en fait quelque chose, il bâtit une sensation de danger (justifée par ce qu’il se passe après, comme si c’était du foreshadowing) avec ça.
Bon, au bout d’un moment, je me suis dit "c’est sûr que ça aurait fait un film chiant si le scénario de Psychose 2 avait respecté le livre". L’action avance lentement, il y a beaucoup de parlotte, et on accorde beaucoup d’importance à chaque personnage, qui a chacun sa hantise, et chacun sa réflexion aboutie sur un sujet particulier.
Et je suis loin de m’en plaindre : c’est une lecture très intéressante.
Il y a un personnage auquel je me suis attaché : Tom Post, issu d’un autre livre de Robert Bloch visiblement. C’est un homme âgé, propriétaire d’un hôtel qui ne marche pas très bien lui aussi, et qui se rappelle le passé, quand il écrivait pour le cinéma, qu’il côtoyait des stars, et qu’il était amoureux d’une actrice qui a quitté l’industrie et s’est mariée avec un autre.
Pauvre vieux…
Le Dr Claiborne finit par trouver un lien entre lui et Norman : tous deux regrettent le passé, et tentent de le faire revivre, en quelque sorte. Certes la comparaison n’est pas tout à fait valable, mais elle rappelle qu’au départ, Norman était peut-être motivé par des sentiments que peut ressentir n’importe qui.

La fin du bouquin par contre…
On dirait que Bloch a voulu surprendre comme lors de la conclusion du précédent épisode, et on se retrouve avec un twist multiple peu crédible.
On se rend compte que tous les personnages ont leur passé obscur et leur esprit pas net.
La fille qui se résout à faire du porno à défaut de pouvoir être la star ailleurs, ça va, l’idée qui réside derrière tout ça fait que ça passe, mais l’acteur qui se retrouve dans un cabaret gay sous prétexte de se mette dans son rôle, c’est complètement WTF, surtout à la façon totalement hallucinante dont les choses nous sont présentées en début de chapitre, rien que pour nous perdre dans ce que l’on croit être un délire ne pouvant se révéler n’être qu’un rêve.

Malgré certaines idées étranges, avec lesquelles l’auteur favorise une idée à la crédibilité, Psychose 2 est rempli de très bonnes explorations de personnages et de réflexions pertinentes. L’intrigue concernant les meurtres, c’est vraiment secondaire, et peu importe en fin de compte, il y a tout de même de quoi stimuler l’intérêt du lecteur.

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