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 La montagne morte de la vie - Georges Bernanos

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MessageSujet: La montagne morte de la vie - Georges Bernanos   Mer 6 Juil 2011 - 19:07


Lorsqu'ils furent l'un et l'autre au pied de la montagne, ils virent, accrochés par grappes à ses flancs, d'innombrables silhouettes d'êtres de tous genres qui semblaient pétrifiés, les yeux dirigés vers le sommet. Alors ils se dévisagèrent et ils virent qu'ils étaient eux aussi devenus horribles. Leur masque était fait de boue déjà solidifiée et leurs traits donnaient l'aspect d'un visage en gestation. La seule preuve de vie de leur figure n'était plus que la flamme ardente du regard...


Michel Bernanos fut un des trois fils du célèbre Georges Bernanos. La personnalité et le génie de son père furent sans doute des éléments néfastes pour cet homme dévoré par des tourments qui l'amèneront à se suicider à l'âge de 41 ans. Malgré tout, il écrira quelques romans (dont le Cycle de La montagne morte de la vie) et des poèmes la plupart inachevés. Ce court roman de 150 pages se compose de deux parties bien distinctes. La première est maritime et rappelle les atmosphères propres à W.H Hodgson ou encore Jean Ray tandis que la seconde plonge dans un univers lovecraftien. Mais ne brûlons pas les étapes !

Après une soirée bien arrosée, un jeune homme se retrouve embarqué sur un galion en route vers le Pérou. A son réveil, il fait l'objet de brimades par l'équipage composé d'hommes cruels. Le vieux cuisinier Toine prend soin de lui. Peu après, le navire reste bloqué en plein milieu de l'océan par manque de vent. Les semaines se passent et les provisions viennent à manquer. Les hommes se mutinent et on assiste à des scènes de cannibalisme. Une grosse tempête fait couler le galion et Toine et son protégé deviennent les uniques survivants. Ils dérivent longuement avant d'accoster sur une île étrange aux montagnes immenses.

Si la couleur prédominante de Lovecraft est le verdâtre, celle employée par Bernanos est le rouge pourpre, la rouille et des ciels rougeoyants. Tout est enfer sur cette île, les plantes sont carnivores, l'eau ressemble à du sang et des statues humaines pétrifiées forment d'innombrables grappes d'hommes, de femmes et d'enfants aux yeux figés vers le sommet des montagnes cyclopéennes.

Roman simpliste dans le fond et la forme, écriture lisible et non alambiquée, Bernanos parvient à envoûter littéralement le lecteur par des effets croissants et intenses. C'est un roman visuel avant tout. Vous partagez le parcours initiatique de deux hommes dans un univers intemporel, allégorie des Enfers, vous souffrez avec eux dans cette lente déambulation surréaliste. Ce roman est un bijou sensoriel et vous seriez de fieffés imbéciles de passer à côté de cette petite merveille.
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