Fiche du film :
Réalisateur : Jean-Luc Godard
Scénaristes : François Truffaut et Jean-Luc Godard
Année : 1960
Genre : Drame
Acteurs principaux : Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg
Mon avis :
Je me souviens quand je regardais les Nuls ou NerdZ, qui se moquaient de Godard et renforçaient l'idée que je me faisais de ce genre de cinéma, me disant bien que je ne verrais sûrement jamais l'un de ses films. Je me gaussais à partir d'un préjugé, une idée de ce que devait être la nouvelle vague, sans avoir vu aucun film du mouvement.
J'ai un peu changé d'avis quand j'avais pas mal apprécié Contes d'hiver de Rhomer, dont on avait vu une bonne partie en cours de littérature en terminale, car ils y citaient les Pensées de Pascal. Je ne sais pas quand exactement quand j'ai commencé à vouloir voir du Godard, en tout cas cette année en école de cinéma a nettement fait naître une envie chez moi, avec les extraits en cours et ce collègue amateur de nanars (aucun rapport) qui imite Godard sans cesse. Et en même temps j'essaye d'avoir une plus grande ouverture d'esprit.
Il ne me manquait plus qu'une occasion pour en voir un, sinon j'en aurais téléchargé un, un jour, mais j'ai trouvé A bout de souffle dans une brocante. Le pauvre fou qui me le vendait sous cellophane pour 1€ ne savait même s'il l'avait vu ! En tout cas j'étais assez excité : j'avais acheté mon premier Godard ! Et pas n'importe lequel, un des plus connus. On avait vu des extraits en cours, et ils en passaient encore sur TF1 l'autre jour, quand ils avaient rencontré le compositeur Martial Solal.
Et ce soir, j'allais voir mon premier Godard !
Premières constatations : c'est quoi ce début chaotique, qu'est ce qu'il se passe, qui est cette fille qui parle au héros, mais de quoi parle Belmondo, et pourquoi on l'entend chanter en espagnol lorsqu'on est dans son subjectif, filmé de façon perturbante, quand il est au volant de sa voiture ?? Qu'est ce qu'il raconte face caméra : "Si vous n'aimez pas la mer, si vous n'aimez pas la montagne, si vous n'aimez pas la ville, allez vous faire foutre" ?! J'avais beau être prêt à apprécier cette première expérience godardienne, j'ai vite été décontenancé.
C'est loin d'être fini car à cela s'ajoute un montage qui profite du fait qu'il ait été fait dans les années 60, c'est à dire une époque où on faisait proablement moins attention aux coupes en plein milieu d'une scène, car c'est bien ce qui arrive ici. Il semblerait que le réalisateur ait eu à couper son film, ça passe bien quand ça crée des ellipses entre des répliques, surtout quand Belmondo énumère ce qu'il aime chez Patricia et que ça coupe entre chaque partie de son corps dont il parle, mais d'autres fois ça saccade simplement la scène.
Par contre, un moment où c'est inexcusable à mes yeux, c'est quand on a l'impression que le personnage de Michel se fait menacer par un policier armé, qui vient de l'interpeller, alors que c'est lui qui tient l'arme et qui tire sans qu'on n'ait rien compris à la logique spatio-temporel. Je me dis bien que Godard est pas trop idiot, il doit y avoir une part de volonté là-dedans, mais qu'est ce qu'il a bien pu vouloir faire et dire ? Est-ce en lien avec son point de vue personnel sur le meurtre, et dans ce cas là le montage est idéologique ? Non, je saisis pas.
Autre problème qui se remarque de suite : le son ! La première réplique, j'ai du la repasser pour la comprendre. Régulièrement, après ça, le bruit d'ambiance couvre celui des voix, c'est affreux. Parfois c'est volontaire, comme quand on n'entend pas dans quelle ville Michel pense que toutes les femmes sont belles, d'autres fois non, on ne comprend pas, et c'est embêtant.
A force de regarder des films américains, quand je me remets à des films français, j'ai l'impression de pas bien tout saisir. Ca n'arrive pas dans les discussions dans la vraie vie néanmoins, heureusement. Avec A bout de souffle par contre, j'ai l'impression que je comprends encore moins, même quand je réécoute. Ce doit être ce qu'ont vécu aussi les spectateurs qui sont allés voir cette oeuvre au cinéma à l'époque, sauf qu'eux n'avaient pas de commande pour repasser une réplique. Je sais qu'une version remasterisée est ressortie au cinéma l'an dernier pour le 50ème anniversaire (Godard est toujours vivant, il a fait le film à 20 ans !), et j'ai acheté le DVD sorti avant, mais ils auraient tout de même pu s'occuper d'arranger le son, au moins, si ce n'est de l'image, qui elle aussi n'est pas exempte de défauts, puisqu'elle saute à un moment.
Le pire c'est quand même pour une phrase-clé à la fin, que j'ai eu du mal à comprendre malgré l'avoir repassée plusieurs fois, et qui peut totalement changer la vision de ce qu'il se passe selon ce qu'on a compris. J'ai vu sur youtube qu'un groupe d'amis avait compris 3 choses différentes pour cette même phrase, ce qui donne 3 significations bien différentes.
Parlons du cas Belmondo, je pensais ne pas avoir à le faire, car je m'imaginais que dans un Godard la façon dont je le percevrais serait différente de ses personnages de malappris chieurs qui peuvent tout se permettre, mais on retrouve quand même un peu de ce rôle-type qui a fait son succès et que je déteste. Là encore il interprète un jeune sans-gêne qui drague qui il veut, fait des caprices, et se permet de traiter son Américaine d'idiote et lui donner des ordres sans que ça ne perturbe leur relation (au passage, pendant toute cette année scolaire je me suis dit qu'une fille de ma classe semblait tout droit sortie d'un Godard ; là encore un préjugé sur les héroïnes de ses films sans en avoir vu aucun... mais finalement A bout de souffle me donne raison). Autre chose, futile, mais que je dois faire remarquer : qu'est ce qu'il a à se frotter les lèvres sans arrêt ?!
Depuis le début je pointe les défauts du film, sans véritablement dire en parler ; qu'est ce qu'il vaut ?
Difficile pour moi de donner un avis sur ce Godard, car je ne sais pas de quoi il parle, et s'il y a vraiment une histoire. Si on doit résumer du début à la fin, on peu bien évoquer le fait qu'un voleur tue un policier pn ne sait pourquoi, et tente de persuader une fille d'aller avec lui en Italie sans jamais dire pour quelle raison, mais comme ça on croirait qu'il se passe des choses dignes d'un film policier alors que cette intrigue ne nous est rappellée qu'épisodiquement, tandis que la plupart du temps ça discute.
Il ne se passe pas grand chose, souvent les personnages paressent ou évoquent des activités qu'ils souhaitent faire, et il me semble qu'à plusieurs reprises ce ne sont que des vélléités. Au moins ce n'est pas comme dans un Antonioni, on ne se fait pas totalement chier, et ce parce que les personnages discutent.
Pour ce qui est de leurs sujets de discussions, là encore c'est difficile d'en parler. On peut au moins dire que les dialogues chez Godard sont réalistes, ce qui me fait me demander comment il fait pour écrire ses scénarios (edit : d'après les bonus du DVD, la plupart son improvisés en fait), car le couple s'adresse des questions sans réponses, passent sans vraiment de lien d'un sujet à un autre, ou bien la femme parle de poésie tandis que l'homme demande quand est-ce qu'ils vont recoucher ensemble, et cependant de longues scènes qui font penser à une performance pour reproduire une réalité où la plupart du temps on traîne à n'aller nulle part, dans ses actes ou ses paroles.
De ces discussions ressortent quelques passages qui m'ont paru intéressants, bien que maintenant je me rends compte que je n'ai retenu que le moment où Belmondo raconte avoir lu dans le journal l'histoire d'un type qui a volé des millions pour aller en vacances avec une fille à qui il a dit qu'il l'aimait bien, et cette dernière lui a dit la même chose en retour.
Evidemment dans l'ensemble, j'y ai vu des échanges très vains. On fait quoi, où on va, qu'est ce qui se dit et pourquoi ?
J'attends de voir un film de Godard plus concret. En plus je m'attendais à ce que les personnages analysent leurs sentiments comme dans du Rhomer, ce que j'avais beaucoup apprécié car c'est ce que j'aime faire moi-même, mais j'ai confondu avec Pierrot le fou dont Flo m'a parlé, où c'est effectivement ce qu'il se passe.
PS : Quand même, grâce à la vision de ce film, des années plus tard je comprends un gag dans Objectif nuls... quand je pense que j'avais fait référence à "Qu'est-ce que c'est "dégueulasse" ?" dans un devoir de français des années avant même de savoir d'où ça venait vraiment, c'est dingue... En plus de ça, bien que Godard doive le faire plus d'une fois dans sa carrière, c'est bien dans ce film qu'on voit une allusion aux Cahiers du cinéma. Ca me rappelle que trois décennies plus tard, un personnage de Dobermann de Jan Kounen s'essuye le cul avec.
Bande-annonce VF :
TRAILER A BOUT DE SOUFFLE FILM GODARD TRUFFAUT... par kirivalse