Nombre de messages: 5337 Age: 20 Date d'inscription: 16/05/2007
Sujet: Say anything... (Un monde pour nous) Sam 26 Fév - 14:24
Fiche du film : Réalisateur et scénariste : Cameron Crowe Année : 1989 Genre : Comédie dramatique Acteurs principaux : John Cusack, Ione Skye, John Mahoney Résumé : Lloyd Dobler admire depuis longtemps Diane Court, l'intello de la classe. Il est obnubilé par elle, il ne peut résister à son regard, et ce n'est pourtant qu'à la remise des diplômes, à la fin du lycée, qu'il se lance et lui demande de l'accompagner à une soirée. Leur relation fonctionne, mais va devoir être confrontée à de nombreux problèmes.
Mon avis : Celui-là, je l'ai connu par Easy-A, qui y fait directement référence et utilise même un footage de la fameuse scène (vous l'aurez compris en voyant les images ci-dessus) où en guise de sérénade Lloyd utilise un lecteur de cassettes à plein volume sous les fenètres de sa bien-aimée. En plus ça m'a beaucoup rappellé Clerks 2, quand Silent Bob tient à bout de bras son "boombox" devant le Mooby's, alors dans l'éventualité d'une référence de la part de Kevin Smith, ça m'a encore plus donné envie de le voir.
Le teen movie, j'ai remarqué, c'est l'occasion de voir des acteurs connus quand ils étaient jeunes. Je pensais John Cusack plus vieux, mais à voir ce film qui m'a l'air assez récent, il y a une époque où il avait 23 ans, et la même tête avec moins de rides. On remarque la petite apparition d'un champion de kickboxing, Don "The dragon" Wilson, mais ce qui m'a vraiment surpris, c'est de voir encore une fois Eric Stoltz ! Quand je l'ai vu, me suis demandé si c'était pas lui, mais sans vraiment le penser, comme si ce serait un gag pour moi rien que d'imaginer que ça puisse être lui. Et c'était bien lui, il était vraiment un habitué des teen movies à l'époque.
Une fois n'est pas coutume, le film démarre à la fin des années scolaires, de quoi se demander comment continuer en s'étant séparé du contexte qui fait des personnages du teen movie des teens, vu qu'à partir de ce moment là ils passent plutôt dans le monde des adultes. C'est aussi le cas de Ghost world, un favori, mais dans Say anything il n'est pas question de glandouille mais de conquérir une fille à qui on n'a jamais parlé. Et puis cette fin d'année sert à apporter dès le départ un certain sentiment de mélancolie qui fait appel à ce qu'on a vécu nous-même comme situation du même type, et sert à un discours de Diane qui est tellement vrai et, en un sens, assez triste. Dès le début, les personnages sont très bien présentés, même rien qu'avec ce qu'il se passe durant le générique. On peut déjà former le profil de chacun d'eux, d'un côté la fille à papa belle mais intello et un peu mise à l'écart, et de l'autre le jeune homme nerveux assez rigolo et désinvolte pour ne pas se soucier de son avenir. Et on peut deviner qu'il ne vient pas d'un milieu aisé, vu la subtile utilisation du son que l'on croit extérieur au film alors que non. Ce passage de la musique extradiégétique à intra se fait au moins 3 fois dans le film, et à chaque fois on ne s'y attend pas, et en plus ça sert plus ou moins.
Comme souvent, on se demande comment ils vont pouvoir finir ensemble. Bon déjà je pense que ça n'aurait pas été possible si la fille avait eu un physique différent, mais à part ça il y a aussi les différences psychologiques. Lloyd est un rigolo, c'est amusant de le voir prendre son neveu dans ses bras et faire comme s'il était une guitare, mais quand il est question de demander à une fille de sortir avec lui, il n'est pas doué. Elle ne sait même plus qui il est, elle s'est juste assise un jour à côté de lui. Donc en général, quand deux personnes s'apprécient au point de finir ensemble dans un teen movie, on ellipse leur discussion quand ils font un bout de chemin ensemble, à pied ou en voiture, pour passer à un moment où ils s'entendent déjà plus. Cf Pretty in pink, où on sent surtout que Hughes n'arrive pas à construire une discussion concrète qui fasse voir qu'une relation s'établit. J'ai craint que Say anything fasse ça, car on les voit monter en voiture sans les voir discuter, on arrive directement à la fête. Souvent on se rend en un lieu organisé pour que des choses arrivent, ce qui correspond assez au mode de vie adolescent, mais on ne s'occupe pas du "moment", seulement du but assez futile, et ainsi quand les personnages se retrouvent ensemble en voiture ils ne communiquent pas, ils vont juste à la fête. Say anything fait ça, sauf qu'une fois à la party, on comprend que cette incommunicabilté est voulue puisqu'elle se poursuit pas le bias d'éléments qui viennent gêner les deux jeunes quand ils essayent de se parler.
Une autre chose : la fête. C'est une ambiance que j'adore, j'aime voir les gens faire la fiesta dans un film, c'est comme ça, or souvent je suis un peu déçu car ça passe trop vite et ce n'est pas traité comme un moment important. Cf Easy-A ou Sixteen candles. Dans Say anything, la fête est un vrai lieu d'action qui sert à ce qu'il se passe beaucoup de choses. Tant de personnages se croisent, on dérive un moment vers leurs histoires personnelles, qui sont elles aussi très intéressantes. Evidemment à la fin de la soirée Lloyd et Diane se fixent un avenir proche ensemble, mais on peut y croire, vu la simplicité des caractères sur laquelle semble se baser leur relation, et vu la détermination de Lloyd pour avoir cette fille. Il y aussi ces petits détails, crédibles, des petits riens qui sont pourtant signifiants pour la fille, comme lorsque Lloyd écarte des bouts de verre sur sa route ; là on peut y croire, et c'est bien d'avoir penser à ce genre de détail, simple, mais qui peut marquer un personnage comme Diane.
Je m'attendais pas à une comédie mais au moins un film plus enjoué, or même dans les moments heureux Say anything n'est pas drôle, ce qui n'est pas un mal, et il tourne régulièrement et progressivement au drame. Diane reste une fille à papa qui dévoile même à ce dernier quand elle a couché avec Lloyd, et bien sûr comme dans Sixteen candles ou Pretty in pink son père est très gentil, il est un modèle de bonté tel que le prouve le passage où le Fisc lui demande pourquoi travailler dans une maison de retraite qui ne lui rapporte pas assez, et qu'il répond que prendre soin des gens ça ne rapporte pas... oooooh. Tout le monde est gentil dans ce genre de films, c'est les bureaucrates et gens du même genre qui sont méchants. Sauf...
Spoiler:
que le film nous met le doute, par le biais d'un personnage puis par une mise en scène vraiment sournoise qui nous pousse à repenser à tout ce qu'on a vu jusque là. Et en fait, non, tout le monde n'est pas beau et gentil. Et j'applaudis pour avoir fait ça. Mais en plus de ça, le père a des raisons d'avoir fait ça qui, si ce qu'il prétend est vrai, sont assez justes. C'est peut être moi qui suis influençable, mais en tout cas j'ai trouvé ça très fort aussi.
La construction des personnages par les situations est vraiment complexe, dans le sens où ils sont très bien définis et dans le sens où tout ce qui leur arrive est dramatique sans donner l'air d'en faire trop. Ce qui arrive est réaliste, en fait il est encore question de problèmes financiers et de différences de milieu entre les personnages, dont la relation est un peu entravée par la famille de l'un (Lloyd qui dit au père de sa copine que pour son avenir il veut sortir avec sa fille et faire du kickboxing, ça fait pas sérieux), mais avec Say anything on passe au niveau supérieur. Sans faire dans la caricature, on ressent la séparation des personnages, même si ça s'est déjà vu 100 fois on a un peu mal pour eux, et le film n'est pas en manque d'idées pour exprimer en mieux ce qui a déjà été fait. Une scène très représentative :
Spoiler:
le père divorcé qui se fait rembarrer en pleine drague quand sa carte de crédit n'est pas acceptée.
C'est très intelligent, ça renouvelle les scènes dans ce genre, et nous redonne une raison de faire "ouch !".
En y pensant après coup, Say anything est un teen movie qui fait mieux que les autres, avec en plus une vraie mise en scène là où pour John Hughes, tel que je me faisais la réflexion, le type écrit ses scénarios et les filme mais n'apporte rien de plus à l'image que ce qu'il a couché sur le papier. Je suppose que Say anything réussit à faire ça car date de 1989, bien après d'autres teen movies, et que Cameron Crowe a pu prendre du recul, voir tous ce qui s'était fait chez les autres, et l'améliore. Et bien sûr, je pense que je n'aurais pas tant apprécié si je n'avais pas bouffé du teen movie ces dernières semaines. Say anything est très malin, mais je pense que c'est une condition requise pour vraiment l'apprécier, en comparaison par rapport aux autres, et heureusement que je ne l'ai pas vu plus tôt.
Du très bon donc, je sais pas si ça les vaut vraiment, objectivement, mais je met bien 8,5/10
Bande-annonce VO :
PS : Dans le docu Teen spirit que je regarde en ce moment, j'apprend que Cameron Crowe avait écrit Fast times at Ridgemont high ! Il est retourné un an au lycée, alors qu'il était journaliste, rien que pour ça.